La controverse n’en finit pas : faut-il généraliser ou pas le traitement préconisé par le Pr Raoult ? De nombreuses voix appellent à la réflexion tant que les études cliniques ne sont pas suffisamment probantes. D'autres appellement à la liberté de prescription du médecin traitant.

Mais des remontées du terrain interrogent également. Ainsi, un pharmacien hospitalier a lancé une alerte il y a trois jours : « Des cas de patients Covid-19 positifs [c'est-à-dire dont l'infection a été validée par un test] présentent, sous hydroxychloroquine associée ou non à l'azithromycine [un antibiotique, lui-même cardiotoxique], des troubles du rythme ou de la conduction cardiaque, des arrêts cardiaques dans d'autres centres hospitaliers français ». Certains de ces arrêts auraient été « fatals ».

Attention à l'automédication

Selon les propos de ce pharmacien au Point, repris par la revue médicale Egora, « ces cas sont en cours d'évaluation et seront ensuite transmis à l'ANSM [Agence nationale de sécurité des médicaments] ».

Dimanche 29 mars, l'Agence Régionale de Santé Nouvelle-Aquitaine a également signalé des cas de toxicité cardiaque « signalés dans la région à la suite de prises en automédication de Plaquenil [hydroxychloroquine] face à des symptômes évocateurs de Covid-19, ayant parfois nécessité une hospitalisation en réanimation ».
L’automédication, à partir de médicaments conservés, semble se développer. Certains médecins, à titre compassionnel, auraient pu en prescrire également hors AMM (la prescription est autorisée dans le cadre du lupus et de la polyarthrite rhumatoïde).

De fait, les centres régionaux de pharmacovigilance avaient déjà observé depuis la fin février « une recrudescence des commandes de spécialités à base de chloroquine et d'hydroxychloroquine sur le territoire national », faisant suite aux annonces d’un « traitement efficace » initié par le Pr Raoult sur un panel de 26 patients (dont tous ne sont pas allés au bout). Ces centres de pharmacovigilance rappellent les risques de toxicité cardiaque lors de surdosage, qui peuvent également s’exercer à dose thérapeutique.

Les contre-indications absolues

Maladies cardiaques, diabète, épilepsie, maladie de Parkinson, troubles du taux sanguin de potassium ou de calcium, porphyrie (une maladie métabolique) sont quelques-unes des pathologies pour lesquelles la chloroquine et l’hydroxychloroquine sont déconseillées.

Ces médicaments sont également contre-indiqués pendant la grossesse et en association avec d'autres médicaments : citalopram et escitalopram,  antidépresseurs (Seropram, Seroplex…), hydroxyzine anxiolytique et antiallergique ( Atarax et consorts), la dompéridone (Motilium et génériques) contre les nausées et vomissements…

Pour rappel, en milieu hospitalier, la prescription de ce traitement- test est associée à une surveillance par électrocardiagramme avant l'instauration du traitement, puis 3-4 heures après, puis deux fois par semaine.

Aussi prometteur que puisse paraître ce traitement controversé, le autorités de santé rappelent qu'il convient de ne pas l’utiliser en automédication sans surveillance médicale pointue. Le remède pourrait être pire que le mal. Rappelons que 80 % des malades atteints de Covid-19 ne développent que des formes modérées. Et que le confinement strict est la meilleure des préventions dont on dispose actuellement. 

A savoir
La chloroquine est un antipaludéen commercialisé en France à la fin des années 1940. Puis un peu oublié en raison des résistances que son usage massif avait fini par provoquer. L'hydroxychloroquine, autre antipaludéen, est aujourd'hui autorisée dans la prise en charge de maladies comme le lupus, la polyarthrite rhumatoïde ou encore, à titre préventif, pour les allergies au soleil. Ces deux médicaments sont disponibles uniquement sur ordonnance.
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Les effets indésirables 
▶️ ophtalmologiques : troubles de l'accommodation, vision floue, atteinte de la rétine
▶️cardiaques : troubles de la conduction et du rythme cardiaque, cardiomyopathie
▶️ neuropsychiatriques : convulsions, insomnies, dépression, agitation, anxiété, confusion, hallucination, agressivité, gastro-intestinaux, hépatobiliaires, hématologiques et dermatologiques.
 

Mireille Legait / www.formeetbienetre.re / Le quotidien santé de La Réunion