Depuis leur nomination, Dominique Pon et Laura Letourneau ont entrepris un Tour de France de la santé numérique. Dix-sept régions sont à leur programme et La Réunion était leur huitième étape.

A la moitié de leur périple, les deux représentants du Ministère de la Santé ont déjà une vision assez claire de l’avancée de la e-santé en France et de la compréhension en régions du projet Ma santé 2022, présenté par Emmanuel Macron il y a tout juste une année. Un projet qui, sur son volet numérique, n’a pas été une grande révélation pour l’ARS OI. En effet, depuis 2012 déjà, la e-santé est sur les rails à La Réunion.

Alors visionnaires, les services de l’ARS OI qui ont conçu Océan Indien Innovation Santé et sa ruche Tesis au Port ? « Je ne sais pas si nous avons été visionnaires ou si nous avons simplement été attentifs à la logique des besoins et des moyens, répond modestement Denis Lerat, Directeur des Etudes et des Systèmes d'Information de l'Agence de Santé de l'Océan Indien. Dès 2012, nous avons travaillé à construire un réseau permettant une meilleure coordination des professionnels de santé, ce qui passe par une meilleure circulation de l’information. Les outils numériques étaient là, il suffisait de bâtir l’ossature technique du réseau et d’impliquer petit à petit les professionnels de santé et bien sûr les patients, car ce sont eux qui autorisent la création et l’utilisation de leur Dossier médical partagé. »

OIIS sur les bons rails

Dit comme ça, ça parait tout simple. Mais en fait, La Réunion a pris pas mal d’avance sur les autres régions. C’est ce qu’ont constaté les deux visiteurs ministériels.  « J’ai été très surpris par le foisonnement d’initiatives intéressantes et la grande maturité du projet OIIS. On sent qu’il y a des années de travail derrière, analyse Dominique Pon, ingénieur de formation, créateur et dirigeant de starts-up qui, après avoir travaillé comme informaticien à la clinique Pasteur de Toulouse, en a pris la direction. Et en a fait une locomotive dans sa région. Et puisqu’on parle "chemin de fer"… « La Réunion a tout pour devenir la locomotive du projet Ma Santé 2022. J’ai été notamment impressionné par l’excellente réflexion menée autour du parcours de soin, de la coordination et du partage numérique mais aussi sur ce qu’on appelle l’urbanisation numérique, c’est-à-dire la construction technique des outils. »

Le médico-social aussi

Dominique Pon, au cours de cette journée de travail avec l’ARS et différents acteurs industriels et starts-up impliqués dans la mise en œuvre de la e-santé sur l’île, a donné l’image d’un optimiste-né, distribuant volontiers les bons points. « A La Réunion, tous les outils numériques sont en place. OIIS a tous les outils techniques pour être le premier de la classe. Si la plateforme OIIS converge rapidement vers la doctrine nationale en connectant leurs outils aux briques numériques nationales, OIIS sera la première plateforme régionale à présenter des outils opérationnels en matière d’information et de coordination. » Et de relativiser un peu le compliment : "Chaque région a sa spécificité, certaines, comme la Bretagne par exemple, sont assez en avance sur la télé-médecine... »

Compliqué chez nous, le tout-numérique, en raison d'un réseau capricieux dans les Hauts ? « Il n'y a pas qu'à La Réunion que ce problème se pose. Nous faisons remonter les besoins d'usage au Ministère de la Santé qui les transmet au Ministère de l'Equipement. Cela permet de justifier les coûts d'investissement. »

Et pas seulement dans le secteur médical. Depuis quelques temps, un important travail de coordination a été mené avec le secteur médico-social. « Nous n’avons pas fait grand-chose, tempère encore une fois bien modestement Denis Lerat. Ce sont les acteurs du médico-social qui sont venus nous voir pour nous faire part de leurs besoins et de leurs souhaits de travail en réseau. » Il en est sorti le projet Osmose (lire ci-après en bleu), présenté aux deux visiteurs.  Dominique Pon, une fois de plus, s’est montré enthousiaste : « Je n’ai pas encore vu ailleurs une telle avancée dans le secteur médico-social : ils ont réussi à se mettre tous d’accord sur les outils à concevoir pour une coordination optimale ! »

Se protéger des Gafa

Au cours de la journée de travail, qui s’est tenue à la Cité des Arts, Dominique Pon et Laura Letourneau ont pu répondre aux questions qui inquiètent encore certains, et notamment la question de la sécurité des données de santé personnelles.
Sur ce point, Dominique Pon n’en démord pas : que l’Etat prenne en main l’élaboration des plateformes numériques de santé est une garantie du respect de l’éthique médicale. Il se fait volontiers alarmiste pour une fois : « Si l’Etat ne le fait pas, c’est le privé qui le fera, et là, on n’aura plus que nos yeux pour pleurer. L’Etat n’a pas vocation à tout prendre en charge mais il construit les fondations, à charge pour le privé de se connecter sur la plateforme nationale mais avec l’obligation de respecter l’éthique imposée par l’Etat. »
Dernier point évoqué : la précarité et la situation d’illettrisme qui tient près de 20% de la population réunionnaise l’écart du monde digital. Est-il alors légitime de digitaliser la santé et le médico-social alors qu'un cinquième de la population n'est pas en mesure de monter dans le train du progrès numérique ? « Il ne faut pas tout intellectualiser ni trop réfléchir aux blocages sinon on ne fait jamais rien, avertit Dominique Pon. Il faut lancer les projets. Et en cours de route, quand les obstacles se présentent, alors on cherche les solutions, quitte à inventer de nouveaux métiers pour solutionner les problèmes. »

Quand on vous disait que le responsable ministériel redonnerait le moral à un bataillon de cyclothymiques à lui tout seul...

Mireille Legait / www.formeetbienetre.re / Le quotidien santé de La Réunion

Le saviez-vous ?

Osmose, au service des personnes en situation de handicap
A la Réunion, 5,6% de la population était en situation de handicap au 31 décembre 2016, un chiffre en augmentation de 9% par rapport à l’année précédente. Parmi ces personnes, la quasi-totalité, environ 5%, sont orientées vers des structures médicosociales. Ce qui demande des moyens considérables.
Le projet OSMOSE a pour objectif d’informatiser le suivi des orientations des personnes en situation de handicap à la Réunion et à Mayotte, depuis la notification envoyée par la Commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH), jusqu’à l’entrée en établissement ou service médico-social (ESMS).
Osmose a été conçu pour assurer un meilleur suivi des décisions d’orientation des personnes en situation de handicap en leur proposant une offre médico-sociale mieux adaptée.

A cette fin, Osmose a permis la mise en place d’un outil communicant entre les systèmes d’information des Maisons Départementales de Personnes Handicapées (MDPH) et celui des établissements ou service médico-social afin de faciliter les parcours des personnes en situation de handicap.
Ce projet a nécessité une implication forte des différents acteurs dans la construction et l‘élaboration du Système d’Information OSMOSE ainsi qu'un temps de formation en septembre 2018 pour accompagner les changements de pratique.
Le Conseil Départemental de Mayotte s’est montré très intéressé par le projet OSMOSE, lancé sur le territoire mahorais en 2019, après la prise en compte des spécificités du département et en collaboration avec les partenaires locaux.