Des revendications, les IBODE réunionnais, comme l'ensemble de la profession infirmière partout en France, n'en manquent pas. Mais ce jeudi matin, l'accent a été mis sur la sécurité des patients, menacée par la non-application du "décret d'actes", qui établit précisément les actes et activités que les infirmier.e.s de bloc opératoire diplômé.e.s (et donc IBODE) sont seuls habilité.e.s à effectuer.  "Ce décret, comme notre diplôme, sont la preuve de notre compétence et de notre expertise dans la pratique de la suture et dans la réalisation de l'immobilisation de fracture", scandent les syndicats.

Une question de priorité

Mais dans la réalité, les IBODE, insuffisamment nombreux dans les blocs, doivent déléguer leurs tâches à des IDE non formés, sinon sur le tas. "Ils regardent comment on fait et ils nous imitent, explique une IBODE du CHOR, dénonçant l'amateurisme en cours  qui menace la santé des patients. "C'est une question de priorité, analyse Zohra Givran, secrétaire générale du syndicat Sud Santé au CHOR. La direction fait le choix de former trois cadres, et c'est très bien que nos cadres soient formés, mais comparativement, il n'y a qu'un seul IDE formé tous les deux ans pour devenir IBODE".

Des formations difficiles à obtenir, difficiles à financer en se mettant en disponibilité. L'une de leurs revendications auprès de l'ARS était donc d'obtenir un plan de formation pour renforcer les effectifs et le maintien d'une rémunération suffisante pendant les 18 mois de la formation.

Prime, indice et droit de grève

Autre sujet de courroux, le fait que les IDE des urgences se soient vus accorder une prime pour réaliser des sutures, actes dévolus aux IBODE normalement. "Qu'ils en fassent aux urgences, c'est très bien, pas de souci, mais nous, pour les mêmes responsabilités n'avons pas obtenu de prime ! Pourquoi ce traitement inégalitaire ?"

Les IBODE aimeraient que la pénibilité de leur profession soit reconnue, ce qui passe aussi par une revalorisation des grilles d'indices en privé ou par le dégel du point d'indice en public. "La différence de rémunération entre un IDE et un IBODE est quasiment insignifiante", explique une IBODE qui estime cependant que ce point, pour ne pas être un détail, n'est pas pour autant le coeur de la revendication de ce jour. "Notre revendication, ce sont nos conditions de travail et la sécurité des soins pour nos patients. Et ce n'est pas avec des personnels non formés qu'on la garantira."

Un point polémique a aussi été évoqué lors de la rencontre avec les représentants de l'ARS : le droit de grève. Les syndicats dénoncent en effet des assignations faites "dans les couloirs, à l'arbitraire" au CHU Sud. L'ARS OI se serait engagée à vérifier que les modalités du droit de grève soient respectées.

Des avancées promises

Si les syndicats semblaient assez satisfaits de la teneur des débats avec l'ARS OI au point de pouvoir espérer quelques avancées positives, ils ont toutefois appelé les IBODE à maintenir la pression pour faire avancer les revendications et notamment la protection de leur statut.

Reste qu'il y a encore loin de la coupe aux lèvres : selon les chiffres avancés par les IBODE, les effectifs seraient de 20% d'IDE non IBODE en bloc opératoire au CHOR, de 50% à 65% au CHU Nord selon la spécialité (cardiologie ou chirurgie générale) et de 40% au CHU Sud. Pour ne parler que du public. "En privé c'est bien pire", souffle un IBODE, un peu déchanté.

La grève continue donc, en soutien au mouvement national. Et déjà l'appel à soutenir la grève nationale des professions de santé le jeudi 14 novembre est lancé dans chaque établissement. Qui disait déjà "Tien bo larg pa ", ici à La Réunion, il y a à peine quelques jours ?

Mireille Legait / www.formeetbienetre.re / Le quotidien santé de La Réunion