Si les gestes-barrière au début du confinement ont été bien suivis, à la limite de la caricature parfois tant la circulation du virus, de mars à mai, a été contenue, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Dans la rue, les magasins, on s’embrasse comme du bon pain, on se la joue collé-serré aux caisses ou dans les échanges amicaux.

Pourtant, à La Réunion, si le déconfinement est bien loin derrière nous désormais, c’est l’épidémie qui est à nos portes. Paradoxal mais sans surprise : la reprise du trafic aérien amène son lot de voyageurs contaminés et l’assouplissement des règles de quatorzaine, à domicile et non plus obligatoirement en centre dédié, génère une hausse conséquente des cas autochtones.

Le Conseil scientifique inquiet

En métropole, les craintes des autorités de santé se font de plus en plus audibles : lors d’une visioconférence de presse organisée ce mercredi après-midi, le président du Conseil scientifique Covid-19, le Pr Jean-François Delfraissy, n'a pas caché son inquiétude face au relâchement des gestes-barriere : « Le risque de reprise de l'épidémie existe avant la fin de cet été », a-t-il souligné. Soit jusqu’à fin septembre. Pour preuve que le virus n’est pas de la vieille histoire, le mandat du Conseil scientifique, créé en mars dernier vient d’être prolongé pour les quatre mois à venir.
A La Réunion, qui n’est pas dans la même temporalité que la métropole tant en matière de saisonnalité qu’en matière de contamination, les appels à la prudence de la part de la communauté médicale se multiplient. D’autant que les chiffres publiés par l’ARS Réunion et la Préfecture chaque jour reprennent de l’intensité. Malheureusement, ils sont souvent peu audibles dans leur réalité.

Des chiffres peu audibles et sans localisation

Les chiffres « 571 cas depuis la mi-mars » ou « 2 nouveaux cas » ne précisent pas clairement le nombre de contaminations dans la quinzaine écoulée, même s’il suffit d’additionner jour après jour les chiffres quotidiens, tant en matière de cas importés que de cas autochtones. « Les chiffres dans la globalité ou au compte-gouttes, ça tend à minimiser les risques pour beaucoup », estime une infirmière libérale dyonisienne, plutôt outrée devant le peu de précautions prises dans son entourage et dans sa patientèle. « Il faudrait aussi préciser les communes où circule le virus, parce que les gens ont l’impression que 48 cas sur l’ensemble de l’île, ça se dilue bien, or probablement qu’il y a des communes plus que d’autres où se concentrent davantage les cas d’infection. Après tout, l’ARS et la Préfecture communiquent bien les noms des communes où le risque dengue est élevé, pourquoi pas pour la Covid-19 ? ». Bonne question… Le silence sur la localisation des cas de Covid-19 peut s'expliquer par la contagiosité de la Covid-19, ce qui pourrait stygmatiser des familles ou des quartiers, un cas de figure qui n'existe pas avec la dengue, qui n'est pas contagieuse. 

Et on pourrait y ajouter la situation épidémique de la grippe saisonnière. « Si la dengue, la grippe et la Codid-19 présentent des symptômes assez proches, qui imposent un dépistage précis de ces virus chez les patients symptomatiques, il ne faut pas oublier non plus les conséquences d’infections croisées, notamment sur des sujets potentiellement fragiles comme les personnes âgées, les femmes enceintes, les personnes souffrant d’une pathologie chronique… », précise le Dr Christine Kowalczyk, médecin généraliste et présidente de l’URML OI.
Si pour la dengue, la prévention consiste essentiellement à utiliser des répulsifs anti-moustiques et à nettoyer les abords de sa maison pour éradiquer les gites larvaires, la solution, contre la grippe, est plus radicale : la vaccination.

La vaccination contre la grippe recommandée

Contrairement à une idée fausse répandue chez les jeunes femmes, le vaccin contre la gripp-e est recommandé pendant la grossesse. Il s’impose aussi chez les personnes immunodéprimées et les seniors de plus de 65 ans, pour lesquels le vaccin est gratuit. « Et pourtant, cela n'incite pas les personnes les plus à risque à se faire vacciner », déplore le médecin généraliste. Environ un tiers des personnes-cible se sont fait vacciner l'an dernier où sept patients sont décédés des suites de la grippe saisonnière. 
Pour les Réunionnais non concernés par la gratuité de la vaccination, le vaccin reste une recommandation pertinente et ne coûte que 6 euros, pris en charge à 65% par l’assurance-maladie. Le vaccin peut être effectué sur place par le pharmacien (coût : 20 euros), dans un cabinet infirmier ou chez le médecin traitant. Il est encore temps de le réaliser mais il faut tenir compte du délai avant d’obtenir l’immunité, délai qui peut atteindre deux mois. « Le pic de l’épidémie de grippe se situe plutôt vers la fin de l’hiver austral depuis deux ans », souligne le Dr Christine Kowalczyk.
Difficile de prédire dès maintenant où La Réunion en sera sur le front de la Covid-19 d’ici là et si la dengue se contentera du rôle de petit joueur avant de reprendre de la vitesse pendant l’été austral…

3 malades en un même lieu, c'est un cluster

Ce qui est certain, c’est que face aux risques d'épidémie et d'épidémies croisées, la prudence doit s’imposer, que les gestes-barrière doivent s’intensifier au risque de voir se multiplier des clusters Covid-19 à La Réunion. Pour rappel, un cluster, ce n’est pas une concentration de cent malades. Selon la définition donnée par Santé Publique France, un cluster c’est « la survenue d’au moins 3 cas confirmés ou probables, dans une période de 7 jours, et qui appartiennent à une même communauté ou ont participé à un même rassemblement de personnes, qu’ils se connaissent ou non ». On peut donc d’ores et déjà affirmer que les huit cas autochtones dépistés dans une famille ce mercredi 8 juillet forment  un cluster et qu'il y en a eu également lors de l'arrivée des premières personnes contaminées dans l'île. « Et il y en a et aura certainement d’autres, si on tient compte des cas asymptomatiques », estime l’infirmière dyonisienne. 

Alors que l'état d'urgence sanitaire prend fin vendredi 10 juillet, quelles seront les dispositions que prendront l'ARS Réunion et la Préfecture dans les jours et semaines à venir face à une éventuelle accélération des cas de Covis-19 sur l'île et au dépistage tout aussi éventuel d'infections croisées ? Le fait est que si les gestes-barrière continuent à prendre la tangente, on risque de devoir revenir à des mesures de distanciation physiques imposées, tel qu'un reconfinement partiel... comme il en est déjà question dans différents lieux en Europe. 

Corinne Houille / www.formeetbienetre.re / Le quotidien santé de La Réunion