Selon une étude chinoise récente*, la conséquence possible d’un syndrome de détresse respiratoire aigu (SDRA), comme celui occasionné par la Covid-19, serait donc une fibrose pulmonaire ?

Dr B.-A Gaüzere L’étude de la première grande série de patients hospitalisés à Wuhan a révélé récemment que l’infection s’accompagnait, à l’imagerie, d’opacifications bilatérales en verre dépoli avec ou sans condensation et avec une forte prédilection pour le lobe inférieur des poumons.
Environ 40 % des patients atteints de la Covid-19 développent un SDRA. 20 % sont graves et nécessitent une hospitalisation en service de réanimation. Or, toutes les pathologies pulmonaires inflammatoires ou infectieuses, ou associées aux maladies auto-immunes, et à l'âge avancé, constituent un facteur de risque de survenue de la fibrose pulmonaire. Il est fort probable que le SDRA occasionné par la Covid-19, n’échappera pas à cette règle. Même s’il s’agit d’un faible pourcentage de patients concernés, le nombre total de patients ayant nécessité une ventilation mécanique en réanimation étant important, cela concernera beaucoup de patients dans les pays occidentaux, en fin de compte.
Pour résumer, bien qu’à ce jour, environ un à deux millions de personnes dans le monde soient considérées comme guéries de la Covid-19, la crainte est l’atteinte à long terme de certains organes, notamment les poumons.

Quels enseignements tirer des séquelles à moyen terme constatés sur les patients SRAS et MERS-CoV ? 

Dr B.-A GaüzereLes précédentes épidémies, SRAS et MERS-CoV, également dues à des coronavirus, ont été un peu moins documentées que celle-ci car il y a eu bien moins de patients dans bien moins de pays. Néanmoins, il existe des séquelles, bien documentées pour le SRAS qui montrent avec un recul de 15 ans que 4,6 % des poumons présentaient encore une anomalie interstitielle. Pour le MERS-CoV, lors d’une étude portant sur 36 patients guéris, les radiographies pulmonaires prises en moyenne 43 jours après la sortie de l'hôpital, ont montré une fibrose pulmonaire chez environ un tiers des patients. Il n’y a pas eu de suivi à plus long terme et c’est dommage. 

Ce risque de fibrose pulmonaire est donc envisagé pour la Covid-19 ?

Dr B.-A Gaüzere Le virus, déjà à lui seul, abime les poumons. Face au SRAS-CoV2, il a fallu apporter des concentrations fortes d’oxygène aux patients, ce qui peut être toxique pour les poumons. Il a fallu également mettre beaucoup de patients sous respirateurs artificiels, ce qui peut également endommager les poumons, d’autant plus que cette maladie a touché beaucoup de personnes déjà insuffisantes respiratoires (séquelles du tabagisme, par exemple…). La réanimation, c’est nécessaire et ça sauve des vies, mais il faut savoir qu’en moyenne 25 % des patients qui passent en réanimation décèdent, 10% décèdent ensuite à l’hôpital, une fois sortis de réanimation. Pour les 65% de survivants, il n’y aura pas de retour à la vie d’avant pour tous. Certains auront même besoin d’oxygène à vie. D’autres resteront très diminués physiquement et cognitivement, en dépit de longs mois de rééducation.

La guérison ne peut donc être totale ?

Dr B.-A Gaüzere Pour les patients admis en réanimation et intubés, non ou en tout cas pas toujours. Quand vous restez allongé pendant des semaines sans bouger, sous respirateur et donc sous anesthésie générale, plus aucun muscle n’est actif. Quand vous vous réveillez, vous êtes incapable de marcher, vos articulations ne fonctionnent plus, il y a des problèmes de synchronisation et des pertes cognitives. Vous devez suivre un programme de rééducation long, d’au moins six mois et souvent beaucoup plus, sans garantie de récupérer totalement. Pour certains, notamment ceux qui ont des métiers très physiques, le retour à l’emploi ne sera pas possible. Sans parler des conséquences d’une longue hospitalisation sur la vie personnelle. Cela doit encourager chacun à respecter les gestes-barrière le temps de cette pandémie, pour protéger les plus fragiles, les personnes âgées et les patients présentant des comorbidités, qui sont exposés à des formes graves.

La Réunion, qui a eu peu de patients en réanimation, ne devrait pas être concernée par des cas aussi dramatiques ?
 

Dr B.-A GaüzereEn effet. La fibrose pulmonaire touche principalement des sujets âgés. Or, à la Réunion, à part le patient index, âgé de 80 ans, nous avons eu essentiellement des patients âgés de moins de 65 ans, autonomes, qui revenaient de vacances. Cela explique que nous ayons eu si peu de patients en réanimation et pas de décès, hormis un octogénaire poly-pathologique évacué de Mayotte. En date du 29 mai 2020, parmi la vingtaine de patients admis en réanimation au CHU Nord de Saint-Denis, peu de patients ont été sous ventilation mécanique pour des atteintes pulmonaires particulièrement graves. Ce sont donc ces quelques personnes qui seraient éventuellement susceptibles de présenter à moyen ou long terme des fibroses du poumon.

*Parue dans le Journal International de Médecine du 25 mai 2020 et analysée par le Dr B.-A. Gaüzere. 

Le Dr Bernard-Alex Gaüzère, ancien chef du service de réanimation au CHU Nord et auteur d'un article dans le Journal International de Médecine sur les risques de fibrose pulmonaire après hospitalisation en réanimation. 

Propos recueillis par Mireille Legait / www.formeetbienetre.re / Le quotidien santé de La Réunion