La Nivaquine (chloroquine) ou le Plaquenil (hydroxychloroquine) sont des médicaments très connus, commercialisés depuis des décennies, pour prévenir et soigner le paludisme. Le Pr Didier Raoult n’est pas le premier à s’y intéresser dans le cadre du Covid-19. En Chine, de nombreux essais cliniques sont déjà en cours avec l’hydroxychloroquine depuis quelques semaines.  Avantage non négligeable, ce traitement serait très bon marché, aux alentours de 5 euros la boite.

Des réserves s'expriment

Pour le Pr Didier Raoult, spécialiste des maladies infectieuses, les résultats obtenus sur les 24 patients seraient suffisamment convaincants pour justifier d'utiliser dès à présent ce traitement chez les milliers de malades en France.

Sauf que ses détracteurs froncent le sourcil devant cette utilisation hors AMM (autorisation de mise sur le marché). Si le médicament est autorisé depuis belle lurette, c’est dans le cadre du traitement du paludisme. Selon eux, il faudrait donc des études cliniques plus poussées pour vérifier l’absence de contre-indications dans le cadre du Covid-19 et la réalité des effets bénéfiques. Néanmoins, le gouvernement, devant l'urgence sanitaire, a décidé de distribuer 300 000 doses de Plaquenil aux hôpitaux, une annonce faite hier soir par le Premier ministre, Edouard Philippe. 

Un traitement déjà utilisé ailleurs

Une satistaction sans nul doute pour le Pr Didier Raoult et ses équipes : l'infectiologue a déclaré lundi, lors de la communication des résultats de son test clinique, que la France, en guerre contre le virus, ne disposait pas du temps qu'imposerait le protocole habituel des études cliniques. Pour l'infectiologue, la molécule est connue de longue date, ce qui permet d'être moins sourcilleux sur les études préalables. Il met aussi en avant le fait que d’autres pays se sont montrés moins timorés : « En Chine, en Iran, en Corée du Sud et en Arabie Saoudite, l’hydroxychloroquine et la chloroquine font déjà partie des protocoles thérapeutiques, conseillés par des experts, pour certains de renommée mondiale. » Pour lui, « il y a urgence à organiser de telles recommandations en France ».

Apparemment, il a été entendu puisque le gouvernement a décidé hier de distribuer 300 000 doses du médicament utilité par le Pr Didier Raoult lors de son test clinique. Est-ce le traitement miracle que le monde attend ? L'avenir le dira. D'autres pistes, dont un vaccin aux Etats-Unis en cours de test sur des patients, devraient être annoncées dans les jours et semaines qui viennent. Si ces effets d'annonces sont encourageants, la prudence reste de mise : appliquez les gestes barrière et surtout... pour sauver des vies, restez chez vous, comme l'a rappelé encore une fois hier, le préfet de La Réunion, Jacques Billant. 

Pas d'automédication

A La Réunion, dès l'annonce des résultats des essais en Chine, à la mi-février, de nombreuses pharmacies ont dû faire face à des demandes d'antipaludéens, alors même que le virus n'était pas encore arrivé dans l'île. Si les résultats communiqués par l'IHU Méditerranée Infections sont encourageants au point que le gouvernement décide de se lancer sur cette piste, le protocole n'en est pas connu du grand public. Dans l'incertitude, abstiens-toi, affirme la sagesse populaire... 

A savoir

Attention, si vous avez de la Nivaquine ou du Plaquenil dans vos armoires à pharmacie. C'est un médicament qui, comme toute molécule pharmaceutique, peut avoir des effets délétères voire dangereux en cas de surdosage ou d'interactions médicamenteuses.  La Nivaquine peut être à l'origine d'affections gastro-intestinales, de nausées et vomissements, de troubles hépatiques voire même hématologiques. Autant dire qu'il ne faut pas jouer aux apprentis-sorciers. Ce n'est pas parce qu'un médicament est couramment utilisé pour prévenir un problème de santé bien identifié qu'il peut être utilisé en automédication pour une autre affection. Prudence... 

Alixane Nicolas/ www.formeetbienetre.re / Le quotidien santé de La Réunion