Avec zéro cas diagnostiqué jusqu'à ce matin, La Réunion en était restée au stade 1, appliquant cependant la mesure d’interdiction de rassemblement de plus de 1000 personnes depuis le 10 mars et cela au moins jusqu’au 15 avril prochain. Comme l’a précisé le préfet de La Réunion, Jacques Billant, « la question n’est plus de savoir si nous allons être touchés par l'épidémie, mais quand nous serons touchés ». Et la réponse est là : c'est aujourd'hui.

Un premier cas sur l'île hospitalisé ce matin

La Préfecture et l’Agence Régionale de Santé confirment un premier cas de coronavirus-covid19 à La Réunion. Ce patient est pris en charge par les équipes du CHU Nord. Son état de santé ne présente pas de signe de gravité. Les investigations de l’Agence Régionale de Santé et de la cellule régionale de Santé publique France sont en cours pour identifier les personnes qui auraient été en contact rapproché et prolongé avec cette personne. La Réunion est toujours en stade 1 de gestion de l’épidémie de Coronavirus-covid 19. L’évolution vers le stade 2 n’est pas envisagée pour l’heure.

« Selon le protocole en vigueur, cette personne est placée à l’isolement dans le service compétent à la prise en charge de la pathologie au sein du CHU Nord »., précise le communiqué de la préfecture. Il s'agit d'un homme de 80 ans, de retour d’un voyage aux Etats-Unis, qui a transité par Paris avant son retour à La Réunion. Son état de santé ne présente pas de signe de gravité ce jour.

Des investigations complémentaires menées par l’ARS

L’ARS et la cellule régionale de Santé Publique France procèdent actuellement à l’identification et au suivi des personnes dites « contacts », c’est à dire les personnes qui ont été en contact proche avec le cas et qui auraient donc pu être exposées au virus.

Chaque personne contact fera l’objet de préconisations adaptées à son niveau d’exposition et notamment de mesures de confinement pour éviter et limiter toute propagation épidémique possible.

En cas d’apparition des signes de la maladie, elles seront prises en charge par les équipes du CHU Nord, établissement de première ligne dans la prévention et gestion du coronavirus.

Heureusement, l’Agence Régionale de Santé a organisé depuis quelques semaines la réponse à l’épidémie attendue. Quarante lits de réanimation ont été ouverts aux CHU Nord et Sud et au CHOR, des personnels supplémentaires ont été affectés à différents postes et 300 médecins libéraux ont été formés. « Nous sommes prêts à renfocer ces moyens lorsque cela sera nécessaire », a tenu à rassurer Martine Ladoucette. 

Des médecins et personnels soignants très exposés

Pour le Dr Christine Kowalczyk, Présidente de l’Union Régional
e des Médecins Libéraux de l’Océan Indien, il est essentiuel de protéger aussi les médecins libéraux de la contamination en développant le recours à la téléconsultation : « Les médecins libéraux seront au rendez-vous, comme ils l'ont toujours été », a t-elle tenu à préciser. Néanmoins, un médecin malade, surtout s'il est lui-même immunodéprimé en raison d'une pathologie, ne sera pas très efficace et peut aussi être lui aussi victime d'une forme grave de l'infection virale. Il en va de même pour les autres professionnels médicaux, tels que les sages-femmes et les paramédicaux : infirmiers, aides-soignants, chirurgiens-dentistes, kinésithérapeutes...  

Comment peut-on être contaminé ?

La contamination entre humains se fait par voie aérienne et par les mains ; elle peut très probablement se faire aussi, indirectement, par des surfaces souillées (poignées de porte, boutons d’ascenseur…) comme cela a été décrit à Hong Kong pendant l’épidémie de SARS en 2003. Sans tomber dans la psychose, il n'est pas interdit de se munir de lingettes antibactériennes pour nettoyer les objets dans les lieux publics (tables, chaises, boutons de porte...).

Le nombre de personnes contaminées à partir d’un patient source est estimé entre1,5 et 3,5. L’incubation est en moyenne de 2 à 14 jours, d’où la période de confinement fixée à une « quatorzaine ».

Le virus est détectable par PCR (ndlr, polymérase chain réaction) dans les sécrétions nasales, oropharyngées, bronchiques et dans les selles.

Quels sont les symptômes ?

Le patient va présenter asthénie, myalgies, fièvre et toux ; sur le plan biologique, on note une baisse importante des globules blancs (lymphocytopénie) ; 100 % des patients présentent des signes radiologiques de pneumonie, pathologie qui peut évoluer à partir du 8ème jour vers un syndrome de détresse respiratoire aiguë nécessitant un transfert en réanimation. Mais ce sont heureusement des cas rares : « Mais 85% des patients présentent une forme bénigne de la maladie », a rappelé Martine Ladoucette, précisant que les décès concernent essentiellement les personnes âgées et/ou les personnes souffrant de pathologies qui affaiblissent leur système immunitaire. Selon les chiffres communiqués par l’ARS Réunion, la mortalité s’élève à 2%.

D’autres sources, parmi les infectiologues l’estiment de 1 à 3%, selon que l’on prend en compte un pourcentage estimé de porteurs sains ou pas. En comparaison, la mortalité du SARS était de 10% et celle du MERS Coronavirus, d’environ 35%. 

Quel traitement ? 

Aucun traitement antiviral n’est actuellement officiellement recommandé, même s'il existe ici ou là dans le monde des initiatives d’utilisation de molécules antivirales ou d'essais thérapeutiques à partir d'anticorps mononucléaux spécifiques. Le seul traitement est pour l'instant symptomatique, c'est à dire qu'il consi ste à soulager les symptômes de l'infection virale.   

Eviter les voyages par prudence

Le Covid-19 est donc une menace mesurée, sinon pour l'économie qui est de loin le "patient" le plus touché. Néanmoins, à La Réunion où le nombre de personnes souffrant de maladies métaboliques est particulièrement élevé, la prudence doit être de mise. Même si la preuve reste à faire, il est probable que le nombre de cas compliqués voire graves soient ici potentiellement plus importants qu'en métropole, eu égard aux pathologies courantes dans l'île. Une raison de plus de différer autant que faire se peut les voyages vers les zones où le virus est actif. En espérant que les touristes et affinitaires manifesteront le même souci de précaution en évitant de se rendre dans l'île sans nécessité absolue. Peu probable, ceci dit... 

A SAVOIR

Avec l'arrivée du virus dans l'île, il est désormais encore plus nécessaire d'appliquer scrupuleusement les consignes de prudence qui constituent à ce jour la meilleure barrière à la propagation du virus :

✅ Se laver les mains régulièrement (toutes les heures)

✅ Tousser ou éternuer dans son coude

✅ Utiliser des mouchoirs à usage unique

✅ Saluer sans se serrer la main, éviter les embrassades

 

Mireille Legait / www.formeetbienetre.re / Le quotidien santé de La Réunion