C’est donc acté : dès le deuxième semestre 2020, les ados de sexe masculin seront concernés par la vaccination contre les papillomavirus, le fameux Gardasil. Après les hommes homosexuels (jusqu’à 26 ans) et les jeunes filles de 11 à 14 ans, avec un rattrapage jusqu’à 19 ans (pour les garçons aussi).
La France ne fait pas exception : de nombreux pays ont déjà étendu cette vaccination à toutes les personnes de sexe masculin. « Les garçons sont en effet également infectés par ces virus et les transmettent à leurs partenaires. Près de 25 % des cancers provoqués par les HPV surviennent chez les hommes », précise le Ministère de la Santé.

Qu’est-ce que les papillomavirus ?

Ce sont des virus très répandus : 70% de hommes et des femmes sexuellement actifs seront au moins une fois dans leur vie au contact d’un HPV. Tous ne sont pas inquiétants : certains sont à bas risque cancérigène, d’autres, et notamment les HPV 16 et les HPV 18, à haut risque de cancers du col de l’utérus, de l’anus, du pénis, de la vulve et du vagin et certains cancers de la bouche et de la gorge.

Bénins ou cancérigènes, ils sont tous très contagieux et se propagent par contact intime, en peau à peau même sans pénétration, juste par des caresses, et sur les muqueuses où ils se multiplient joyeusement. Cependant, dans la majorité de cas, ils finissent par plier bagages car le système immunitaire fait son job et élimine les virus dans un délai de deux ans (sources Santé publique France).

Mais dans 10% des cas, l’infection à papillomavirus devient persistante car le système immunitaire ne parvient pas à l’éradiquer. Beaucoup de personnes atteintes ignorent l’être car l’invasion peut être asymptomatique (ndlr, sans symptômes). Dans d’autres cas, des verrues, localisées sur la vulve, le vagin, le pénis ou l’anus, peuvent apparaître. La bouche et la gorge, en cas de sexe oral, peuvent aussi être atteintes. Ces verrues apparaissent en cas de contamination par des HPV 6 et HPV 11, à bas risque cancérigène, et sont donc bénignes.

Mais d’autres HPV, plus virulents, peuvent provoquer des lésions précancéreuses… Selon les données de Santé Publique France, les papillomavirus auraient causé en France près de 6300 cancers (chiffres 2015), dont plus de la moitié concernent des femmes.

 

"L’appel des 50" décisif ?

Forts de ces données, des personnalités médicales, des sociétés savantes, des syndicats médicaux et des associations de patients ont lancé le 20 mars 2019 "L’appel des 50".

Que voulaient-ils donc ? La généralisation de la vaccination contre le papillomavirus humain (HPV) – seulement 24% des jeunes filles françaises sont vaccinées -, et, par la même occasion, l’extension du vaccin aux adolescents de genre masculin, arguant pour cela que dans beaucoup de pays développés (Etats-Unis, Australie, Scandinavie, Grande-Bretagne…), la messe était déjà dite.

Prière apparemment entendue, puisque la HAS, le 16 décembre 2019, a dit « amen ! » à cette revendication, justifiant sa position, lundi dernier, par le credo suivant : « L’élargissement de la vaccination anti-HPV aux garçons permettra, sous réserve d’une couverture vaccinale suffisante, de freiner la transmission au sein de la population générale, et ainsi de mieux protéger les garçons et les hommes quelle que soit leur orientation sexuelle, mais aussi de mieux protéger les filles et les femmes non vaccinées ».

Pour sa part, le manifeste de "L’appel des 50" arguait que « les études de tolérance, dans le monde, révèlent que le bénéfice est clairement en faveur du vaccin (…). En Australie, avec une couverture vaccinale massive des filles et des garçons et un recul de douze ans, les chiffres du portage des virus, sur le col et l’anus, et des lésions précancéreuses du col, se sont effondrés. On observe aussi un effet indirect chez les garçons non vaccinés, qui présentent moins de lésions dues à ces virus sexuellement transmissibles. Cela s’explique par le fait que beaucoup de filles, et de plus en plus de garçons, sont vaccinées. Ce pays prévoit d’éradiquer les virus responsables des cancers du col de l’utérus d’ici à vingt ans ».
 

Une simple petite case à cocher…

Mais cette déclaration de foi n’est pas partagée par tous les soignants. Et notamment pas par le Dr Philippe de Chazournes qui, avec 14 autres professionnels de santé ayant tous publiquement déclaré leurs absences de conflits d'intérêts avec l'industrie pharmaceutique (...), a publié le 28 avril 2019  un droit de réponse à "L’appel des 50".  Non pris en compte par la HAS : « Dans son appel public pour formuler son avis, la HAS a considéré que ce groupe de 15 n'étant pas constitué en association, elle n'avait pas a prendre en compte son argumentaire car venant de simples particuliers.  C'est pitoyable... », s'indigne le médecin dionysien.

Sur la question de la prévention du cancer du col de l'utérus, le médecin généraliste et enseignant à l'Université, se veut pragmatique : « C'est ce dépistage à lui seul qui, depuis des années, a fait chuter à lui seul le nombre de cancer du col ; d'ailleurs, personne n'affirme  le contraire, même les plus fervents défenseurs du Gardasil. Ce simple dépistage par frottis, régulièrement fait, pourrait encore plus cibler les femmes les plus à risque ce qui, contrairement au vaccin (ndlr, lire par ailleurs), n’induirait pas de coût supplémentaire pour la collectivité. Bien que sa mise en place ait été réclamée et promise depuis plus de 30 ans, elle vient seulement d’être annoncée en janvier 2019. Il est donc encore trop tôt pour que ses effets puissent être constatés. Mais pour mieux évaluer ses effets, il faudrait noter sur le bon le statut vaccinal des femmes faisant un frottis afin de tenir un registre. Cette petite case à cocher a été demandée sans succès par l’association Med’Ocean (www.medocean.re/, cofondée et présidée par Philippe de Chazournes). Pourtant, cela permettrait de voir si on a une diminution ou une hausse des cancers chez les personnes vaccinées avant d’avoir été en contact avec un HPV. Sans cette petite case, on ne le saura jamais ! »

Des études soumises à caution ?

De fait, les quinze contestataires de "L’appel des 50" ne sont pas convaincus par l’argumentaire préventif concernant les cancers causés par les HPV : « Le problème, c’est que les études sur lesquelles s’appuie la HAS ont été financées par l’industrie pharmaceutique, oppose fermement le Dr de Chazournes. Il faut savoir qu’il n'existait pas jusqu’à présent de suivi épidémiologique régulier des cancers de la vulve, du vagin et du pénis en France, car on estimait que le nombre de cas était trop faible pour justifier d’un tel suivi. Ces estimations n’ont été intégrées qu’en 2018. Les estimations citées dans "L’appel des 50" sont tirées d’une étude conçue et financée par MSD, fabricant du Gardasil® et avec la participation de plusieurs de ses employés et de la société de conseil Stève Consulting ».

Pour le Dr Philippe de Chazournes dont le franc-parler est de notoriété publique, on n’est pas loin du conflit d’intérêt.

Un coût élevé

Le droit de réponse des 15 indignés par "L’appel des 50", doute aussi de l’intérêt financier de l’opération vaccination tous genres confondus : « Pour vacciner universellement filles et garçons selon les recommandations actuelles avec un rattrapage effectué sur deux ans le seul coût hors taxes des vaccins représenterait 1,9 milliards d’euros pendant les deux premières années et 180 millions d’euros annuels en vitesse de croisière ».

Un avis apparemment partagé par le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP), selon les archives du Dr de Chazournes : « Le HCSP a émis en février 2016 un avis défavorable pour la vaccination des hommes, notamment en raison d’un mauvais rapport coût-bénéfice de cette vaccination et en estimant que « les condylomes (ndlr, les verrues) ne constituent pas un problème de santé publique » et que « le cancer anal reste rare ».
La revue Prescrire (ndlr : revue médicale de référence, sans publicité) souligne d’ailleurs qu’il n’a pas été démontré que le Gardasil® réduisait les lésions précancéreuses de haut grade des garçons.  « L'efficacité avancée par les études citées par "L’appel des 50" demeure donc purement spéculative », en conclut le Dr de Chazournes. Qui précise : « Cette même revue précise que le nouveau Gardasil 9, remplaçant le Gardasil à quatre valences, n'a obtenu de la part de l'ANSM qu'un ASMR 5 (Amélioration du Service Médical Rendu), soit la pire des notes, ce qui ne l'empêche pas d'être pris en charge par la Sécurité Sociale ! »

Recommandation vaut-elle obligation ?

Quoi qu’il en soit, la recommandation de l’extension aux ados garçons, demandée par "L’appel des 50", est donc d’actualité et devrait figurer au prochain calendrier vaccinal. Sauf que recommandation ne vaut pas obligation.

Sur ce point, le Dr de Chazournes est très dubitatif : « La HAS inscrira probablement cette recommandation dans la ROSP (ndlr, rémunération sur objectif de santé publique) pour inciter les médecins à la proposer à leurs patients. Par ailleurs, avec la probable prochaine  campagne de communication médiatique et à grands renforts de moyens et de thématiques basées sur la peur,  ajouté du fait que  les vaccins peuvent désormais être faits directement par le pharmacien, qui se retrouve lui aussi en conflit d'intérêt puisqu'il les vend, nul doute que la part de marché du laboratoire va être très vite en très forte augmentation ».

Force est de reconnaître dans la conclusion du communiqué de la HAS annonçant l’extension de la recommandation vaccinale aux garçons une certaine direction d'incitation des professionnels de santé allant dans le sens d'une inscription à la ROSP, au moins dans l'esprit si ce n'est déjà dans les faits : « Les bénéfices de cet élargissement seront limités sans une politique vaccinale plus engagée au niveau national et une proposition vaccinale plus systématique de la part des professionnels de santé ».

Des actions de sensibilisation et d'incitation

Consciente de la réticence de la population envers les vaccins, la HAS recommande également « la mise en œuvre d'actions permettant de restaurer la confiance vis-à-vis de la vaccination contre les papillomavirus auprès du public et des professionnels de santé ». Et de « lever les freins économiques par une prise en charge intégrale du vaccin par l’assurance-maladie ».

Autre piste à creuser, selon la HAS, la vaccination en milieu scolaire et les moyens à mettre en oeuvre « pour redéfinir les modalités du rattrapage vaccinal, pour les filles comme pour les garçons dans un contexte d'évolution des connaissances et de possibles tensions d'approvisionnement en vaccins au niveau mondial ». Pour ou contre, on n'a pas fini d'entendre parler des papillomavirus...

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https://www.parismatch.com/Actu/Sante/Vaccins-anti-HPV-15-medecins-denoncent-les-risques-des-conflits-d-interets-1621133

 https://www.franceinter.fr/emissions/sante-polemique/sante-polemique-07-mai-2019

Mireille Legait / www.formeetbienetre.re / Le quotidien santé de La Réunion