Et vlan, voilà qu’il se roule par terre de nouveau ! Crise de tétanie ? Que nenni ! Notre petit coléreux est juste furieux que nous ne cédions pas à tout ses désiderata. Une glace une heure après le repas, un nouveau jouet au supermarché, un coup de main pour son jeu de construction alors que nous sommes en plein boum ménager ou sur un dossier en retard. Là, tout de suite ! Sinon, c’est tonnerre de décibels, crise de rage, coups de pieds dans les meubles et on en passe. Souvent, avouons-le, on cède. Et on a tort…

Pourquoi cette urgence ?

Le temps, à 2 ans, c’est tout de même bien abstrait ! L’enfant est dans la tout-puissance. La notion de désir, synonyme d’espérance et donc d’attente, est beaucoup trop abstraite pour lui. Il veut, il prend ! Son goûter, notre temps, le nouveau jouet. Les contraintes diététiques n’ont aucun sens pour lui. Les obligations de notre travail non plus. Les règles de l’équilibre financier sont totalement obscures pour lui.

Alors comment peut-il comprendre qu’on ne doit pas goûter à peine sortis de table, que le travail est prioritaire et qu’on ne peut pas acheter tout ce que l’on veut quand on le veut ?

Dans son petit monde, le désir est fait pour être comblé et, soyons honnête, depuis sa naissance, on a toujours essayé de faire au mieux pour lui, non ? Mais voilà, il a grandi et il doit aujourd’hui faire l’expérience de la frustration, qui l’accompagnera toute sa vie d’adulte car on doit toujours renoncer un jour ou l’autre à quelque chose.

Dire non, une obligation éducative

C’est difficile de refuser quelque chose à son enfant. Cela nous renvoie à notre quête d’amour : et s’il nous aimait moins parce que nous ne lui passons pas tous ses caprices ? Et à nos souffrances intérieures : et s’il était malheureux ? Quel parent voudrait voir son enfant malheureux ? Et à notre épuisement : encore une crise à gérer ! Allez, ce soir, on cède parce qu’on est trop fatiguée. Et le pli est pris.

Notre tout-petit comprend très vite que s’il se montre insistant voire pénible, il finira par avoir ce qu’il souhaite. Et il en sera malheureux.

Parce qu’en fait, en s’opposant ainsi, notre tout-petit cherche à tâtons les limites qui bordent son petit univers et le sécurisent. « Beaucoup d’enfants amenés en consultation refusent de s’accommoder au réel, explique Didier Pleux, psychologue et auteur de Un enfant heureux (éd. Odile Jacob). Ils ne souffrent pas de carences affectives mais ont toujours pu faire ce qu’ils voulaient, usurpant ainsi le pouvoir parental. Ils développent donc une agressivité pathologique dès que l’on tente de leur supprimer leurs privilèges. »

Essentiel, l’apprentissage de la frustration !

La frustration n’est pas un mot péjoratif, c’est une nécessité vitale ! Quel est l’adulte qui peut faire ce qu’il veut quand il le veut ? Aussi riche et puissant soit-il, il sera toujours confronté aux limites des lois civiques, au respect de l’altérité, au droit de dire « non » de l’autre.

Tout être humain vit des frustrations quand il est confronté au principe de réalité. La vie que l’on subit n’est pas toujours celle que l’on aurait choisie.

Le seul moyen d’être heureux malgré tout, c’est de s’adapter au principe de réalité. Et on ne peut pas acquérir cette sagesse à l’âge adulte si on ne l’a pas apprise dès l’enfance.

Cela ne veut pas dire refuser tout systématiquement, mais intégrer la notion de délai, d’effort et d’ennui pour habituer l’enfant à cet incontournable constat : un monde où l’on vivrait seul selon son principe de plaisir, où tout est possible tout le temps, ce monde n’existe pas ! 

Le rôle des parents est donc de placer des marqueurs de temps souvent, des interdits parfois et d’ouvrir les brèches du possible. L’éducation au principe de réalité permet à l’enfant de s’adapter à la réalité. Parfois il faut du temps pour avoir ce que l’on souhaite. Et parfois il faut admette que cela ne sera pas possible. Mais qu’il existe d’autres possibles à créer.

 

3 points clés pour contrer ses colères

1. S’interroger sur soi
Dans ce livre, Didier Pleux rappelle les fondamentaux de l’éducation et amène les parents à s’interroger sur leurs propres frustrations passées et présentes qui les poussent à trop protéger leurs enfants.

Un enfant heureux, Didier Pleux, éd. Odile Jacob.

 

2. Apporter des donneurs de temps
Pour l’aider à comprendre l’attente, ce calendrier animé avec 66 magnets lui donnera des repères concrets entre le moment présent et celui de l’activité espérée.

Semaine magnétique, Djeco.

 


3. Lire une histoire apaisante
Un petit loup en colère surgit dans la cuisine. Grâce au calme, à la douceur et à la gentillesse de Maminette, le petit loup peut sortir de sa colère et redevenir sa petite fille chérie. Une histoire pleine de tendresse qui montre aux parents comment accueillir les émotions de leur enfant pour l’aider à l’apaiser.

Colère de loup, Louison Nielman et Nathalie Janer, éd. Gautier-Languereau.