Des futurs pères, on raconte souvent les couvades. Beaucoup moins le sentiment d’être laissé pour compte qui peut les habiter parfois, quand leurs compagnes sont devenues le centre du monde. Parents, amis, voisins : tout le monde n’en a que pour la future maman, s’inquiète de sa santé, de savoir si elle est assez aidée et tutti quanti.

Et qui pense à demander au futur papa comment il se sent ? Pour un peu que le futur papa traverse un moment difficile, professionnellement ou dans la sphère privée, la grossesse de sa compagne va susciter chez lui des sentiments très ambivalents.

Comprendre son besoin de soutien

Pas question de remettre en doute son désir de devenir papa. Ce n’est pas à ce niveau-là que cela se joue : «  Le désir d’enfant, même s’il est très intense, est souvent ambivalent tant chez la femme que chez l’homme, explique Laurence, psychologue et en formation actuellement pour devenir sexologue. Chez la future maman, les moments de doute sont vite compensés par un flot de sensations nouvelles, notamment le fait de sentir le bébé bouger. Le futur papa vit tous ces événements par procuration et, au quotidien, personne ne s’attend à ce qu’il change quoi que ce soit à sa vie, personne ne s’attend à ce qu’il s’apitoie sur lui-même, même s’il se sent dépassé par les événements. »

Bien au contraire, on attend aujourd'hui des jeunes pères qu'ils s'investissent au maximum dans le suivi de la grossesse, assistant aux examents, aux échographies. Pourtant, pour certains ce n'est pas si simple : entre la peur d’assister à la naissance, la crainte d’être un mauvais père, et les sentiments confus et peu avouables devant la transformation physique de sa compagne, le futur papa a de quoi se sentir mal dans ses bottes.

Lui laisser du temps

Pour se rassurer, il peut arriver que le futur papa déserte un peu son foyer où sa compagne ne songe qu’à dormir ou à surfer sur internet à la recherche du berceau idéal. Une soirée entre potes, ça lui permet de souffler, de se retrouver en tant qu’homme et pas seulement en tant que futur papa. Tant que l'enfant n'est pas né, la paternité reste encore une abstraction pour les hommes qui ont parfois la nostalgie des moments où leurs compagnes n’avaient d’yeux que pour eux.

« L’homme et la femme fonctionnent différemment, physiologiquement, mais aussi psychiquement, souligne notre expert psychologue. Pour l’homme, désirer un enfant ne signifie pas la même chose que pour la femme. L’homme peut avoir l’impression, à certains moments, d’être mis au pied du mur, coincé, enfermé, il peut se dire par moment qu’être père est au-dessus de ses capacités, qu’il n’est pas encore mûr, pas encore prêt. C’est là que l’attachement, l’amour, la tendresse dans le couple prennent aussi tout leur sens, car c’est grâce à eux que chacun apprendra à supporter, chez l’autre, les remous que cet événement suscite ».

Et cet amour conjugal s’exprime aussi en laissant le champ libre au futur papa au lieu d’exiger qu’il soit à 100% présent et aux petits soins. « Culturellement à La Réunion, ce champ libre est plus facilement accordé au futur père. Dans les familles qui ont encore des repères très traditionnels, la grossesse est une affaire de femmes, mais de plus en plus, la modernité impacte les jeunes couples, avec une implication forte de l'homme dans la grossesse de sa conjointe. Comme tout ce qui est nouveau, il faut un peu de temps pour l'intégrer."

Compenser la libido défaillante

L’un des motifs d’agacement des futurs papas, ce sont les refus répétés de leurs compagnes sous la couette : « Au premier trimestre, il y a les nausées, les seins douloureux, la fatigue persistante », analyse Elisabeth, sage-femme. Au deuxième trimestre, ce sont parfois les hommes qui coincent quand le corps de leur compagne s'arrondit, que le bébé bouge. « Et cela d’autant plus, précise Laurence, que le futur père peut se sentir exclu d’une relation fusionnelle entre le bébé et sa mère qu’intimement, dans les profondeurs de son psychisme, il envie. On observe des couples qui, pendant la grossesse, ne parviennent plus à fonctionner, lui ne pouvant plus la désirer du fait de ces modifications physiques qui le bloquent, elle s’enfermant dans sa grossesse, comme si elle n’existait plus que comme femme enceinte et future mère. »

La solution ? "Il n’y a pas qu’une façon de faire l’amour, rappelle le Dr Patrick Bogo, sexologue à Sainte Clotilde. Pour tous les couples de tout âge, quand ça coince quelle qu'en soit la raison, il faut se concentrer sur la tendresse et les caresses et ne pas penser que faire l'amour se résume à la pénétration. »

Prendre du temps en couple

S’il ne faut rien forcer sous la couette, il faut tout de même veiller à ce que la tendresse, la séduction et l’humour demeure au cœur du couple. Prendre du temps à deux, pour un dîner tendre, un week-end détente, en s’interdisant de parler du bébé sauf si le futur papa aborde le sujet de lui-même.

L’enfant est le fruit d’une rencontre exceptionnelle et a besoin que le couple que forment ses parents soit fort. Le duo ne devient pas trio. L’enfant doit trouver sa place en orbite du couple mais pas au cœur du couple. D’où l’importance de veiller sur son vocabulaire : dire au (futur) bébé qu’il est l’amour de notre vie peut, à juste titre, provoquer un sentiment de perte chez celui à qui on tenait, il n’y a pas si longtemps, les mêmes propos…

Mireille Legait / www.formeetbienetre.re / Le quotidien santé de La Réunion