1. Optez pour des activités personnelles

La plupart des personnes dépendantes affectives n’imaginent pas que leur conjoint puisse avoir des activités en solo. Du coup, elles contraignent leur moitié à vivre dans leur ombre quand elles sont dominantes ou s’obligent à tout faire avec l’objet de leur amour, quand elles sont dans la soumission, même si cela leur pèse. "Cela relève parfois de la culture familiale et religieuse à La Réunion, où la femme a longtemps été vue comme dépendante de l'homme, qui est le symbole de l'autorité. Mais c'est aussi le reflet de la place que la société en général donne à la femme à travers toutes les inégalités qu'on ne peut que constater", analyse le Dr Christine Douzain, psychiatre.

🆙 Il est temps de sortir de l’idée préconçue qu’un couple est fait pour être ensemble du matin au soir et du soir au matin. Et de lâcher la bride à l’autre… et surtout à soi-même. Pour sortir de la dépendance affective, il faut vous trouver des activités personnelles, qui correspondent à votre personnalité.

Vous rêvez de faire de l’aquarelle et votre conjoint ne connait que le rouleau du peintre en bâtiment ? Banco ! Filez acheter votre palette. Vous mettez ainsi un peu de distance entre vous deux… et allez enrichir au final vos échanges quand vous reviendrez avec une aquarelle terminée que l’élu(e) de votre cœur interprétera de travers ou admirera, qui sait, de bonne foi.

🆘Il vous dit que c'est moche, de l'argent gaspillé, il se moque de vous ? N'acceptez pas ces paroles et attitudes dévalorisantes. Il a le droit de n'être pas sensible à l'art pictural mais ça ne lui donne pas le droit de vous rabaisser. C'est une pente dangereuse qui conduit tout droit à ce qu'évoque le Dr Douzain au point 2 👇🏽.

2. Affirmez vos opinions

Souvent dans la dépendance affective, le moins dépendant est celui qui orchestre la manière de penser et de vivre dans le duo. Vous êtes tellement accro à son amour que vous avez peur de lui déplaire en ne pensant pas comme lui (ou elle). Vous l’admirez tellement que vous n’imaginez pas une seconde avoir d'aimer ce qu'il n'aime pas.

"Attention, prévient le Dr Christine Douzain, cette dépendance affective qui place le conjoint en situation d'infériorité ou de non-droit est un grand pas en direction du harcèlement moral, lequel est toujours l'étape préalable aux violences physiques conjugales. Il ne faut pas minimiser le harcèlement moral dans le couple. C'est une violence conjugale au même titre que des coups. Les coups viennent plus vite dans les couples où les mots ne sont pas aisés. Mais dans les milieux plus éduqués où les mots savent se faire subtilement pervers, le harcèlement moral peut faire aussi mal et tuer autant que les poings".

🆙 Vous avez le droit d'avoir vos propres convictions.  Prenez du recul sur ses opinions et autorisez-vous à aller voir un film ou lire un livre qu’il trouve nul, discutez avec des personnes dont il n’apprécie pas les idées si vous les jugez intéressantes.

Au mieux, cela enrichira le débat entre vous et le fera évoluer, ce qui le convaincra que votre relation est épanouissante. Au pire, vous en serez quitte pour une dispute et une réconciliation sur l’oreiller. Mais vous aurez dans les deux cas mis (un peu) au pas cette fameuse dépendance affective.

🆘Si ce n'est pas le cas, et que votre conjoint refuse votre soudaine autonomie, il faut impérativement consulter un conseiller conjugal. "La violence conjugale apparaît et s'installe dans le couple parce qu'on n'a pas réglé son passé personnel, ce qui nous empêche d'être nous-même, de penser par nous-même sans tenir compte des dogmes, des mythes que la société et la famille transmettent, explique la psychiatre. Dès les premières tensions  qui nous amènent à renoncer à exister et penser en dehors du schéma imposé par le conjoint, il faut demander de l'aide, consulter un professionnel de santé ou thérapeute, pour analyser le pourquoi de cette soumission qui remonte le plus souvent à des traumatismes dès l'enfance. Ce travail se fait avec celui qui est dominé, souvent la femme, et avec le dominant, s'il l'accepte. Le conjoint dominant doit comprendre pourquoi il éprouve ce besoin de contrôler et de rabaisser son conjoint. Les enfants aussi sont inclus dans cette thérapie, car ils risquent d'être conditionnés par ce modèle relationnel aliénant."   

3. Prenez du temps pour vous

Non, un couple n’a pas besoin de passer 52 week-ends ensemble. En réserver un ou deux par an pour une virée entre filles, ça n’est pas de l’infidélité, ça n’a rien à voir avec la fêlure du couple. C'est juste une manière de vous convaincre que vous ne vivez pas dans son ombre ou accroché(e) à ses basques.

🆙 Vous l’organisez, en tenant compte des priorités de votre conjoint tout de même : ça serait ballot de louper l’anniversaire de belle-maman 😉. Puis vous le mettez avec tact devant le fait accompli. Dans un couple juste fusionnel, ça devrait passer sans trop de difficulté.

🆘 Il vous menace d'en profiter pour sortir en boite au risque de... ? Et ça serait de votre faute, et uniquement de votre faute, pour être partie en balade avec vos copines ? Joli chantage que voilà... Eh non, il ne va vous tromper pour un week-end entre copines ! Et si c’est le cas, de toute façon, c'est qu'il l'a déjà fait ou l’aurait fait quand même à l'occasion. Donc, basta…

Proposez-lui plutôt de se faire une rando vélo avec les chéris de vos copines ou un bivouac à Cilaos. S'il est toujours prêt à déclencher la troisième guerre mondiale voire à vous boucler sous clé, adoptez le plan 🆘 du point 2, il y a urgence...

4. Décidez par vous-même

Attention, pas de prise de décisions primordiales qui engagent la vie à deux. Mais des décisions personnelles, comme suivre une formation un soir par semaine (alors qu'il a de toute façon l'habitude de regarder la télé dans son coin), investir dans un plan d’épargne actions ou vous offrir un objet dont vous rêvez avec vos sous à vous, sans conséquences notables sur le budget familial…

🆙 Tant que cela n'impacte pas le rythme ou le budget familial, inutile d’en parler avant, c’est vous qui décidez de l'orientation de votre vie ou de vos finances personnelles.

Evidemment, une fois guérie de la dépendance affective, vous pourrez évoquer vos projets en amont et non plus en aval de leur mise en oeuvre.

🆘 Tant que vous êtes encore un peu sous emprise, naviguez en aval autant que possible. Mais gérez l'accostage (l'annonce de vos choix) avec tact ! Prenez conseil auprès d'un conseiller conjugal pour piloter votre barque en évitant le naufrage.

5. Trouvez votre autonomie financière

Dans la dépendance affective, il y a souvent la dépendance tout court. On se raccroche à l’autre d’autant plus que notre survie économique en dépend. Surtout chez les femmes et mères de famille qui se sont consacrées à leur foyer et ont peur de se retrouver démunies en cas de séparation.

🆙 Pourquoi ne pas essayer de suivre une formation, de trouver un boulot à mi-temps, de créer une microentreprise à domicile ? Trouver les moyens de sa propre survie est indispensable quand on veut sortir de la dépendance affective.

Cela ne change rien aux sentiments que vous portez à votre conjoint, bien au contraire, ça les enrichit puisque vous ne l’aimez plus pour le confort qu’il vous apporte mais pour ce qu’il est. Et nul doute que l’admiration que votre conjoint portera à vos efforts d’autonomie renforcera aussi les sentiments qu’il vous porte.

🆘 Protéger les enfants est indispensable. Outre que lorsque la violence verbale ou physique s'installe dans la famille, les enfants en sont souvent les victimes collatérales, il ne faut pas négliger l'impact de la culture familiale, des schémas aliénants, sur leur avenir. La thérapie familiale est indispensable, mais aussi l'instruction. "Le meilleur moyen de lutter contre les violences conjugales, morales ou physiques, c'est d'éduquer les enfants dès la maternelle à l'importance du libre-arbitre. Le rôle de l'école, c'est d'apprendre à penser par soi-même, à se faire sa propre opinion. Il ne faut pas lâcher le dogme du père pour le dogme du maître d'école, c'est pourquoi les cours de philo dès la maternelle et pendant tout le primaire, c'est essentiel. L'enfant qui apprend à réfléchir, à questionner la vie et à affirmer ses convictions propres est protégé du risque de dépendance psychique à son milieu socio-culturel et aura moins de risques d'être victime de dépendance et d'aliénation dans sa vie adulte", conclut le Dr Christine Douzains.

Dans ce domaine, à la lueur du harcèlement scolaire à l'ère des réseaux sociaux, la partie est loin d'être gagnée et l'école, quand elle ne se soucie pas d'enseigner l'estime de soi et de l'autre, participe hélas au terreau de la violence relationnelle et/ou conjugale...

Mireille Legait / www.formeetbienetre.re / Le quotidien santé de La Réunion