Dès le début de l’épidémie, les personnes âgées ont été désignées comme étant le public le plus à risque. A La Réunion, ces gramounes ne représentent pas la catégorie la plus infectée. Logique : la majorité des cas dépistés sur l’île viennent de métropole et les gramounes ne sont pas les plus nomades. Exception confirmant la règle : le premier cas sur l’île a été importé par un homme de 80 ans revenant de croisière. Âgé… et de sexe masculin.

Des statistiques parlantes

Selon les statistiques internationales, il semblerait que les hommes soient davantage victimes du Covid-19.
En Angleterre, un centre de recherche sur le genre et la santé au Royaume Uni a étudié, dès le début de l’épidémie, l’impact du genre sur le développement des formes graves de la maladie due au SRAS-CoV-2. Ce sont les chiffres transmis par la Chine qui ont attiré l’attention des chercheurs sur l’écart entre les genres. Ainsi, en Chine, 64% des victimes du Covid-19 étaient des hommes. Au 3 avril 2020, 69% des victimes en Italie étaient des hommes. 

Selon le Pr Sarah Hawkes, les risques de contracter le virus sont équivalents pour les deux sexes mais ce serait donc avec l'évolution de la maladie que les disparités entre hommes et femmes apparaîtraient. « Nous observons que les hommes meurent plus du virus, constate la professeure Sarah Hawkes, directrice du centre UCL. Ils auraient entre 10 % et 50 % de plus de risques d'en mourir que les femmes. » Selon les chercheurs, ce phénomène semble se confirmer dans des pays européens (France, Allemagne, Italie, Espagne) mais aussi en Corée du Sud.

Le tabagisme, l'alcool et une moindre immunité

Le tabagisme et la consommation d’alcool tiendraient une bonne part dans cette létalité plus forte chez les hommes : « Les hommes fument et boivent plus que les femmes, en règle générale », souligne le médecin, qui estime qu’il faut aussi tenir compte de certaines différences biologiques entre les sexes.

Autre piste, le système immunitaire. Des études antérieures ont montré que les femmes se défendent mieux contre d'autres virus. Dans le cas du SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère découvert en 2002) et du MERS (syndrome respiratoire du Moyen-Orient découvert en 2012), les œstrogènes jouent un rôle protecteur.

L'immunité des femmes serait aussi renforcée par la présence de deux chromosomes X contre un seul pour l’homme. « Nous savons que le système immunitaire des femmes fonctionne différemment que celui des hommes. Après tout, le corps des femmes est fait pour accueillir un fœtus pendant neuf mois sans que celui-ci soit rejeté comme un corps étranger », souligne le Pr Sarah Hawkes. 

Et un peu d'humour 😂 😂😂 au passage, de la part d'un médecin spécialiste de la santé des femmes.... 

 

 

Et en France ?

Le point épidémiologique fait chaque semaine par Santé Publique France depuis le 16 mars dernier, confirme que 73% des cas graves admis en réanimation étaient de sexe masculin, d’un âge moyen de 64 ans (18% étaient âgés de 75 ans et plus). « Parmi les 3 432 cas signalés par les 150 services de réanimation, 94 étaient des professionnels de santé », précise Santé Publique France.

A noter aussi que 73% des cas présentaient au moins une comorbidité (obésité, diabète, hypertension artérielle, pathologies hépatiques…). « Cette proportion est probablement sous-estimée du fait de l’inclusion tardive de l’hypertension artérielle et des pathologies hépatiques dans le recueil systématique des comorbidités », précise Santé Publique France qui relève que lorsqu’elle est calculée à partir des données les plus récentes, soit à partir du 6 avril 2020, cette proportion passe à 79%.

73% des décès concernent les hommes, majoritairement à partir de 65 ans (36% entre 65-74 ans, 37% entre 75 ans et plus). Quant aux comorbidités, l’hypertension artérielle arrive en tête (34%) suivie par les pathologies cardiaques (32%), le diabète (30%), le surpoids et l’obésité (25%), les pathologies pulmonaires (23) et aucune comorbidité connue (16%). L’immunodéficience et la pathologie rénale n’arrivent qu’ensuite (10% et 9%).

Les hommes moins soucieux de leur santé

Selon Santé Publique France, la létalité qui frappe davantage les hommes peut aussi s’expliquer par un moindre suivi médical des comorbidités, les hommes consultant moins de spécialistes que les femmes et étant moins enclins à se laver les mains fréquemment, ne serait-ce que parce qu’effectuant moins de tâches domestiques que les femmes, tâches mettant les femmes davantage au contact de l’eau et du savon. Des femmes et des mères également mieux sensibilisées aux risques sanitaires liés à une insuffisance d’hygiène. Un constat fait également par les chercheurs chinois travaillant sur la répartition des cas graves selon le genre.

A La Réunion, le nouveau cas dépisté est aussi un homme

A La Réunion, aucun décès n’est encore à déplorer. Le dernier cas dépisté hier, samedi 2 mai, concernait un homme (tiens donc…), en transfert sanitaire depuis Les Comores. La majorité des cas sont des cas importés et aucun nouveau cas autochtone n’aurait été dépisté. Mais la prudence s’impose, alors que le déconfinement se profile à l’horizon. Homme ou femme, on respecte les gestes barrière et on reste à la maison entre dix jours. Au moins… Et plus encore si facteurs de risques aggravés.

A SAVOIR
Dans l’émission de France 24 The 51%, le docteur Sabra Klein, immunologiste et spécialiste des questions du genre pour les infections virales à l'université américaine Johns-Hopkins, regrettait que la question du genre soit si peu prise en compte par les autorités de santé mondiales : « Je suis déçue que les services publics de santé dans le monde ne disent pas explicitement qu'être un homme, qui plus est âgé, représente un risque accru de développer une forme grave du virus. Je pense qu'il devrait y avoir un message de mise en garde sanitaire. »

Mireille Legait / www.formeetbienetre.re / Le quotidien santé de La Réunion