Une équipe de recherche de l’Inserm, de l’AP-HP et d’Université de Paris, au sein du Centre de recherche en épidémiologie et statistiques (Cress) a étudié l’apport en fer de l’alimentation et la survenue de carence chez 561 nourrissons de 2 ans en France de 2016 à 2017. Les chercheurs ont observé que la consommation de laits infantiles enrichis en fer réduisait très significativement le risque de carence en fer et permettait d’atteindre les besoins nutritionnels quotidiens recommandés pour près de la moitié des enfants. Ces résultats, publiés dans Clinical Nutrition, appuient la stratégie de prévention française et invitent à accorder une attention particulière aux familles défavorisées dont les enfants sont les plus touchés par la carence en fer.

La méthodologie

Les travaux d’une équipe de recherche de l’Inserm, de l’AP-HP et d’Université de Paris, au sein du Centre de recherche en épidémiologie et statistiques (Cress), coordonnés par Anne-Sylvia Sacri et Martin Chalumeau, ont comparé l’apport en fer de l’alimentation, avec et sans consommation de lait de croissance, et la survenue de carence, chez 561 nourrissons âgés de 2 ans, ne présentant pas de pathologie affectant le métabolisme du fer.
Pour chaque enfant, un questionnaire renseignant tous les aliments ingérés sur trois périodes de 24h non consécutives a été rempli par les parents et a permis aux chercheurs de déterminer la quantité de fer ingérée au quotidien.

Les résultats de l'étude*

Les analyses ont montré que lorsque la consommation de lait de croissance (utilisés par 73 % de l’effectif) n’était pas prise en compte, les apports en fer issus de l’alimentation ne permettaient pas d’atteindre les besoins recommandés de 5 mg/jour pour 63 % des enfants contre 18 % lorsqu’elle était prise en compte.
Dans un second temps, la concentration sanguine de ferritine a été mesurée à partir d’un prélèvement sanguin. Chez les 561 enfants étudiés, 37 (7 %) présentaient une carence en fer.
La concentration sanguine en ferritine était significativement plus élevée chez les enfants consommant du lait de croissance à 24 mois ou depuis l’âge de 10 mois. Elle était significativement inférieure chez ceux consommant du lait de vache à 24 mois ou ayant débuté leur consommation avant cet âge.
La survenue de carence en fer était d’autant plus diminuée que la consommation de lait de croissance était prolongée et ce, même en faible quantité (à partir de 200 mL/jour). « Cela suggère que la consommation régulière de fer est un meilleur moyen de prévenir les carences en fer qu’une importante supplémentation sur une courte période », précise Anne-Sylvia Sacri. « Ces résultats plaident en faveur des stratégies nationales de prévention de la carence en fer fondées sur la recommandation de consommation de lait infantile enrichi en fer après l’âge de 12 mois. Ces laits apparaissent comme une solution simple pour supplémenter en fer les jeunes enfants, afin d’atteindre les besoins nutritionnels quotidiens recommandés. »

Les chercheurs ont également observé qu’une carence en fer était associée à des antécédents de prématurité. Elle était également plus fréquente dans les familles nombreuses et dans celles présentant des marqueurs de situation sociale défavorisée. « Une attention particulière doit être apportée à ces populations plus vulnérables. Elles doivent être ciblées plus spécifiquement par les politiques de prévention et de surveillance », conclut Martin Chalumeau.
 

Faut-il supplémenter les bébés diversifiés et toujours allaités ?

Si le lait maternel contient naturellement très peu de fer, ce minéral est en revanche très assimilable quand il est apporté par l’allaitement, contrairement à l’alimentation dentée. Qui plus est, la future maman étant très surveillée médicalement, ses réserves en fer en fin de grossesse sont suffisants pour assurer au bébé un stock suffisant.« Toutefois, la nécessité de donner des suppléments de fer aux bébés exclusivement allaités fait l’objet de débats chez les spécialistes depuis des décennies, ainsi que l’âge auquel débuter cette supplémentation, par exemple sous forme d’aliments de sevrage enrichis en fer », souligne la Leache League. Qui rappelle qu’un taux trop élevé de fer est également problématique : « Il est donc nécessaire de déterminer le rapport risques/bénéfices d’une supplémentation en fer, en particulier dans les populations dont les apports en fer sont habituellement suffisants. »

Une explication simple 

En parallèle, la question de savoir pourquoi le lait maternel contient peu de fer a alimenté pas mal de débats et fait l’objet de nombreuses études. Cette carence apparente dans le lait maternel pourrait avoir une explication : elle serait liée à l’immaturité du système immunitaire du bébé alors que le sevrage va l'exposer à divers allergènes  ainsi qu’à différents microbes potentiellement pathogènes (Sources • Quinn EA. Too much of a good thing : evolutionary perspectives on infant formula fortification in The United States and its effects on infant health. Am J Human Biol 2014 ; 26 : 10-7.).

Comme tout un chacun le sait, le fer renforce les bactéries. En toute logique, si le bébé n’a que peu de réserves de fer lors de l’introduction de l’alimentation dentée, les bactéries seront tenues à distance par le manque de fer, ce qui limite d’autant le risque d’infections chez les enfants. La nature est bien faite !

« La stimulation de la croissance de bactéries pathogènes au niveau intestinal en raison de la prise de suppléments de fer pourra modifier le microbiome infantile avec un impact à long terme sur son équilibre, et sur l’action de ce microbiome sur la fonction immunitaire et la régulation du métabolisme. De ce point de vue, il est possible de supposer que certaines des pathologies attribuées à l’alimentation avec un lait industriel pourraient en fait être en partie liées au taux de fer significativement plus élevé auquel sont exposés les bébés recevant ces laits. Les recommandations concernant la supplémentation en fer des enfants allaités devraient donc prendre en compte tous ces facteurs. Les bénéfices et les risques d’une telle supplémentation devraient être envisagés au cas par cas en fonction des caractéristiques de chaque enfant », analyse la Leche League (plus d’infos sur son site www.lllfrance.org).

*Cette étude a mis à contribution, entre 2016 et 2017, près de 120 cabinets pédiatriques répartis dans toute la France, grâce aux réseaux Activ et Afpa.

A SAVOIR
Carence en fer : des effets neurocognitifs néfastes
La carence en fer est considérée comme la carence en micronutriment la plus fréquente à travers le monde, et en particulier dans les pays industrialisés. Lorsqu’elle survient chez les nouveau-nés et les jeunes enfants, elle est fortement suspectée d’être associée à des effets neurocognitifs néfastes à court et long terme, comme une diminution des capacités d’apprentissage et de mémoire, ou une atteinte neurosensorielle visuelle ou auditive.

Alixane Nicolas / www.formeetbienetre.re / Le quotidien santé de La Réunion