Le Safthon, et avant lui l'association SAF France, sont nés à La Réunion : notre île a donc été pionnière dans cette action de prévention ?

La Réunion a en effet été la première région à se préoccuper du Syndrome d'alcoolisation foetale dans sa globalité. Dès 1999, avec de nombreux professionnels de santé, nous avons mis cette problématique au cœur des priorités de santé.

En 2008, l’association SAF France a été créée pour permettre de mener des actions de prévention, d’accentuer la recherche autour du SAF, de sensibiliser les familles et d’accompagner les patients porteurs de TCAD (ndlr, troubles causés par l’alcoolisation fœtale).

En 2016, La Réunion, une fois de plus, s’est inscrite en pionnière car l’Agence Régionale de Santé Océan Indien a décidé la mise en place d’une plate-forme ressource pour la prévention des TCAF : c'était une première en France ! Et, enfin, le Safthon, qui permet de réunir des fonds pour financer des actions de prévention, est né ici, à La Réunion, en 2016. D'autres régions françaises ont rejoint notre action, l'Ile de France, la Bourgogne, la Bretagne, les Pays de la Loire, la Guyane....

Combien d'enfants sont-ils touchés par le SAF en France et à La Réunion ?

 Chaque année, en France, 8 000 enfants naissent fragilisés par les effets de l’alcool sur la gestation, soit 1 % des naissances et 800 sont atteints de la forme grave, le Syndrome d’Alcoolisation Fœtale (SAF) qui génère un retard de croissance, des malformations et surtout une atteinte cérébrale. L'alcool, chez la femme enceinte, induit des anomalies placentaires avec des risques de fausse couche ou de grande prématurité et des retards de croissance intra-utérin. Le coût de la prise en charge de ces populations touchées par le SAF est estimé à 200 millions d'euros. A La Réunion, on estime qu'un enfant tous les deux jours nait avec un cerveau lésé par l'alcool prénatal.

Un discours de tolérance zéro n’est-il pas contre-productif ?

Il ne peut pas en avoir d'autre car il n'existe pas de seuil de consommation d'alcool sans danger pour les femmes enceintes ou en projet d’enfant.

L’alcool est une molécule tératogène, c’est-à-dire qu’elle peut provoquer des malformations sur un organe en formation, au même titre que d’autres molécules, comme la thalidomide prescrite dans les années 50-60 pour lutter contre les nausées gravidiques puis interdite dans ce cadre une fois ses effets tératogènes constatés. Il ne viendrait pas à l’idée d’une femme enceinte de prendre ne serait-ce qu’un quart de comprimé de thalidomide, ou encore, pour faire écho à une polémique plus récente, de valproate de sodium (Dépakine) en cas d’épilepsie. Il faut réaliser que l’alcool est tératogène comme ces médicaments.

Les cellules de l´embryon se différencient progressivement entre la troisième et la huitième semaine de gestation pour former les organes. C´est au cours de cette période que l´on constate des malformations des organes et de la « charpente » du foetus. Mais cela ne veut pas dire qu’après le troisième mois il n’y a plus de risque. Le cerveau est en formation continue pendant toute la grossesse et bien après la naissance. Les études ont montré que des séquelles cérébrales importantes peuvent exister avec des doses d’alcool beaucoup moins importantes que pour d’autres malformations.

Un verre à l’occasion n’a pas forcément pour conséquence un SAF ?

Non, en effet, ce n’est pas une fatalité mais néanmoins c'est un risque réel. Certaines familles présentent une susceptibilité génétique à l’éthanol plus importante que d’autres et cela peut varier aussi d’une grossesse à l’autre chez la même femme. Ce n’est pas écrit à l’avance et c’est pour cela qu’il faut être prudent et s’abstenir par principe de précaution. Quand on consomme de l’alcool, le foie produit des substances métaboliques, dont l’acétaldéhyde, pour atténuer la toxicité de l’éthanol. Mais ces substances sont tératogènes.

Quelles sont les séquelles les plus sérieuses ?

Elles sont essentiellement cérébrales. On sait désormais que le SAF est impliqué dans des cas d’autisme. Ces séquelles varient en fonction de la consommation d’alcool et des autres addictions, comme le tabac, les drogues.., de la sensibilité génétique, de la santé physique et psychique de la maman, de l’hygiène de vie de la famille.

On a pu constater dans certains cas une réduction de la masse cérébrale (microcéphalie) et des malformations de certaines parties du cerveau, des modifications de l´organisation neuronale, la destruction de millions de cellules suite à une alcoolisation aiguë même exceptionnelle, empêchant ainsi la formation de certaines zones cérébrales et causant d'importants retards mentaux.

Les études cliniques font état de dysfonctionnements au niveau des neurotransmetteurs et de la destruction de liaisons permettant de coordonner le fonctionnement des différentes aires du cerveau.

Les formes moins sévères du SAF entraînent des difficultés d’apprentissage scolaire, des troubles du caractère et du comportement, générateurs de conduite d’exclusion sociale. Dans la plupart des cas, les troubles ne sont pas visibles sur le bébé qui vient de naître, mais apparaissent plus tard, au moment de l'entrée en crèche ou à l'école, et parfois vers 6-8 ans. Des troubles de l'attention avec des difficultés à mémoriser ou conceptualiser des apprentissages mais aussi des comportementaux asociaux et des risques accrus d'addictions.

Plus largement on sait que 300 pathologies découlent du SAF et peuvent toucher l’enfant tôt ou tard dans sa vie. Cela justifie largement de lutter contre ce fléau par des campagnes de prévention.

En dehors de ces quelques journées dédiées au SAF chaque année, quelles action de prévention menez-vous à La Réunion ?

A La Réunion, nous ciblons notamment les jeunes collégiens. Nous allons à leur rencontre avec un bus, stationné aux abords des établissements. Ce sont des temps de rencontre auxquels participent des mamans qui ont des enfants atteints du SAF et qui peuvent sensibiliser ces ados par leur témoignage au drame que représente le SAF pour une famille.

Propos recueillis par Mireille Legait / www.formeetbienetre.re / Le quotidien santé de La Réunion