Le tabac, en France, est à l’origine du décès de 75 000 personnes, selon les chiffres du Ministère de la Santé, qui a annoncé, ce 10 août 2019, avoir alloué 120 millions d'euros pour lutter contrer les addictions liées aux substances psychoactives, autrement le tabac pour bonne part.

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A La Réunion, on compterait plus de 150 000 fumeurs, soit près d’un Réunionnais sur quatre en âge de tirer sur sa « clope ». Selon des chiffres datant de 2014, La Réunion figure au premier rang des DROM (hors Mayotte) pour la mortalité par cancer du poumon chez les hommes (69,9/100 000 versus 42,6/100 000 en moyenne dans les DROM) comme chez les femmes (14,7/100 000 versus 12,5/100 000 en moyenne dans les DROM). 

Le sevrage tabagique, une priorité pour l'ARS Océan Indien

On comprend aisément que l’ARS Océan Indien ait inscrit la lutte contre le tabagisme – ainsi que toutes les conduites addictives – comme une priorité du projet de santé 2018-2028. Ce projet s’appuie sur une protection plus affirmée des adolescents et sur un accompagnement individualisé pour l’arrêt du tabac.

En ce sens, l’arrivée des enseignes de cigarettes électroniques dans l’île est apparue comme une alternative intéressante. Et fors est de reconnaître que l’on croise de plus en plus de « vapoteurs » dans les bars et restaurants, dans la rue et sur les plages.

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Le rapport de l’OMS qui vient casser l’image de « messie » de la cigarette électronique va-t’il renverser la vapeur ? En effet, l’OMS estime que la cigarette électronique «ne devrait pas être promue comme une aide au sevrage ». Or, selon Santé Publique France, quelque 700 000 fumeurs en France auraient réussi leur sevrage tabagique au cours des sept dernières années. Un résultat sans doute estimé insuffisant par l’OMS ?

« L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) affiche dans son rapport une position négative sur la cigarette électronique : ce n’est pas une nouveauté, analyse le Dr David Metté. L’OMS se fonde sur son absence d’innocuité, sur le risque de son usage par les adolescents et celui d’une potentielle porte d’entrée vers le tabagisme. Par ailleurs, beaucoup de vapoteurs conservent un usage conjoint du tabac qui diminue quasi complètement le bénéfice du vapotage. »

La cigarette, une addiction et une attitude

Force est de reconnaître que le vapotage est devenu, pour certains, une attitude, une forme d’élégance branchée. Voire une forme de sophistication, comme pouvait l’être le fume-cigarette il y a un siècle. « J’aime vapoter, reconnait Laurence, 29 ans, commerciale. Cela me permet de garder le geste de la cigarette, mais en minimisant les risques pour ma santé. Il y a une forme de chic, dans le geste. Pour moi, la cigarette électronique est un accessoire qui signe une attitude chic, branchée. Et je me sens moins privée. Clairement, sans la "vapote", j'aurai continué à fumer. »

Et, justement, Laurence continue-t-elle de fumer de « vraies » cigarettes ? « Oui, ponctuellement, surtout quand je suis en panne de liquide, mais j’ai beaucoup diminué le tabac, et je me sens beaucoup mieux physiquement. »

Ce témoignage, comme d’autres recueillis au fil de cette petite enquête, va donc dans le sens du rapport de l’OMS : la cigarette électronique n’encourage pas à arrêter totalement de fumer, mais fait baisser la consommation. Sauf que fumer deux ou trois cigarettes par jour ne protège pas du risque de développer un cancer du poumon, entre autres pathologies imputables au tabac.

Levée de boucliers des professionnels de santé

La déclaration de l’OMS a déclenché une valve de protestations parmi les professionnels de santé en charge de la lutte contre le tabagisme et parmi les associations de patients. L’Académie nationale de Pharmacie a été l’une des premières à répondre sur Twitter à l’OMS, estimant « incompréhensible » la position affichée de l’OMS et rappelant que les liquides de vapotage « sont à l’évidence moins nocifs que le tabac ». Même son de cloche, et de longue date, de la part du Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue.

Et, bien sûr, à La Réunion, du côté du Dr David Metté : « Si la cigarette électronique n’est pas en effet inoffensive, elle est cependant bien moins nocive que le tabac fumé (comme les cigarettes classiques) ou chauffé (systèmes IQOS, Ploom,etc). Il faut l’envisager comme une mesure de réduction des risques, mais aussi comme un moyen de quitter le tabac ; ce qui a été démontré par plusieurs études sérieuses. »

Pour le Pr Gérard Dubois, membre de l’Académie de médecine cette fois, l’OMS a commis « une erreur de communication invraisemblable ». Sur RMC, le médecin a osé un trait d’esprit : « Comparer le danger du tabac à celle de la cigarette électronique, c’est comparer la dangerosité du pistolet à bouchon à celle d’un canon de marine ». Fermez le ban… Ou presque. Car l'association Sovape, qui regroupe des scientifiques et des industriels du secteur, y est allé aussi de son couplet, qualifiant le rapport de l'OMS de "désinformation".

L'OMS alerte sur le risque potentiel d’irritation des voies respiratoires, de la gorge et des yeux, ou encore le risque d’effets négatifs sur le système cardiovasculaire, du fait de l'inhalation répétée de substances chimiques. La plupart des experts interrogés ne nient pas ce risque mais au jeu des comparaisons, selon les études publiées, les risques du vapotage ne peuvent pas être comparés à ceux du tabagisme. Ce que l’OMS ne nie pas dans son rapport, bien que refusant de valider l'usage de la cigarette électronique.

Pourtant, une étude, en janvier 2019, avait démontré que la cigarette électronique était deux fois plus efficace pour arrêter de fumerque les substituts nicotiniques classiques. Une nouvelle étude de grande ampleur, publiée le 22 mai dans la revue Addiction, confirme que la cigarette électronique mais aussi un médicament, la varénicline, seraient les méthodes les plus efficaces en matière de sevrage tabagique.

L'éloge du pragmatisme

Pour le Dr David Metté, la position de l'OMS est trop radicale : « La cigarette électronique est venue depuis une dizaine d’années contrarier l’objectif de l’OMS d’une éradication complète du tabagisme en pérennisant et en diversifiant les moyens de fumer. Elle voit dans la banalisation de la e-cigarette et sa présentation comme une manière de fumer à moindre risque, une manipulation (un enfumage !) savamment orchestré par l’industrie du tabac. Au final si plusieurs experts regrettent et critiquent la position dure de l’OMS, c’est parce que « le mieux est l’ennemi du bien » : l’arrêt du tabac est l’idéal bien sûr, mais il vaut mieux vapoter que fumer. En tabacologie et en addictologie pour être efficace, il faut savoir être pragmatique

Mireille Legait / www.formeetbienetre.re / Le quotidien santé de La Réunion