Inefficace, l’homépathie ? L'étude (indépendante) EPI 3*, en 2015, avait dit tout autre chose : « Les patients suivis par des médecins homéopathes pour une DMS (déficience musculaire squelettique) chronique ont utilisé moins d’antalgiques (– 67 %) que ceux suivis par des médecins à pratique conventionnelle ». Et sont donc moins exposés aux effets indésirables liés aux AINS, qui génèrent de nouveaux coûts de traitement.
Allez, zou… un autre résumé pour la route : « Les patients ayant des infections du tractus respiratoire supérieur suivis par des médecins homéopathes ont déclaré avoir utilisé deux fois moins d’antibiotiques (– 57 %), d’antipyrétiques/anti-inflammatoires (– 46 %) par rapport aux patients suivis par des médecins à la pratique conventionnelle ». En clair, selon Epi3, l’homéopathie présenterait « un gain réel dans l’économie de prescription de médicaments ».

Un recours au Conseil d'Etat envisagé

François Begot, directeur pour l’outremer aux Laboratoires Boiron, ne décolère pas : « Nous sommes sous le choc de cette décision ! Qui a été prise en s’appuyant sur 37 études seulement alors qu’il en existe des milliers, dont une importante, EPI3, qui avait été demandée par Xavier Bertrand quand il était ministre de la Santé et qui démontre que les traitements homéopathiques permettent de faire des économies en consommant moins de médicaments traditionnels. C’est une étude majeure or la HAS a refusé de l’inclure dans son panel d’études arguant que les groupes étudiés n'étaient pas comparables, ce qui est faux ! L’homéopathie a été évaluée avec une méthode qui ne convient pas à notre spécialité mais convient à la médecine traditionnelle, évaluation menée sur la base d’études qui étaient toutes défavorables. Il n’y a pas eu de débat contradictoire. On a l’impression d’une instruction à charge et uniquement à charge. Et d’ailleurs aucun médecin homéopathe ne figurait parmi les experts parce qu’il n’y a pas d’expert homéopathe à la HAS. Nous n’allons pas nous laisser faire, nous irons jusqu’au Conseil d’Etat pour demander que cette décision injuste soit annulée. »

Quel avenir pour l’antenne de Saint Paul ?

Les salariés de Boiron à La Réunion ne cachent pas leur inquiétude et craignent des licenciements, voire même la fermeture de l’antenne réunionnaise. « Le déremboursement est une catastrophe pour nous car dans notre chiffre d'affaires, il y a 50% de produits remboursés, explique Sarah Monier, pharmacienne et responsable par intérim en l’absence de la directrice de l’antenne réunionnaise. Même si on ne perd qu'une partie de ces 50% parce que les gens convaincus par l'homéopathie continueront à en consommer, cela nous met en danger. Et puis quand on dérembourse, on fait passer le message que le médecament n'est pas efficace, n'est pas essentiel. On en voit déjà les conséquences : nos ventes ont baissé de 25% en juin, un mois pendant lequel on lisait et entendait partout que l’homéopathie n’était pas efficace.  »
Un raccourci en fait, car la HAS n’a jamais dit qu’il n’y a pas de preuve de l’efficacité de l’homéopathie, mais a affirmé qu’il n’y a pas de preuves "suffisantes". Une subtilité sémantique qui n’a pas été suffisamment relayée, semble-t-il, à lire les commentaires sur les réseaux sociaux évoquant une « scandaleuse escroquerie à l’eau sucrée ».

Lire aussi notre aticle du 9 juillet => L'homéopathie devrait être déremboursée en 2021

Des patients souvent en situation précaire

A La Réunion, la consommation d’homéopathie se situe dans la moyenne nationale : 1500 tubes pour 1000 personnes. « Je vois beaucoup de femmes enceintes, de jeunes mamans pour leurs bébés, ce sont des populations jeunes, souvent en difficulté économique, précise une pharmacienne, dans une officine du centre-ville. Il y a aussi beaucoup de personnes dépressives, en état de fatigue chronique, qui se soignent par l’homéopathie, des patients aussi qui ne peuvent pas risquer les effets secondaires des anti-inflammatoires. Il y a des personnes âgées, qui souffrent de problèmes musculaires. »

Comme le signale cette pharmacienne, le remboursement est indispensable pour beaucoup de ces patients. « Nous sommes à La Réunion où 40% de la population vit des minima sociaux, il ne faut pas l’oublier, où beaucoup de personnes âgées ont peu pour vivre. Ces patients ne pourront pas payer ces remèdes de leur poche. Et pour les autres, on voit bien au quotidien que l'habitude du tiers-payant bien installée dans l'île ne facilite pas l'évolution des esprits vers le déremboursement. C'est déjà arrivé qu'on me demande si la tisane ou des compléments alimentaires étaient remboursés ! »

Pour cette pharmacienne, le risque du total renoncement aux soins n’est pas trop élevé, car la plupart se rabattront sur l’allopathie (ndlr, les médicaments traditionnels). « C’est n’importe quoi, on veut faire faire des économies à la Sécu et on renvoie les patients vers des prescriptions plus coûteuses et à risque d’iatrogénie ! » Autrement dit d’effets secondaires préocupants.

Trop passéiste ou trop visionnaire ?

Pour ce généraliste qui tient à garder l'anonymat, l'homéopathie s'est toujours située, pour la médecine bien-pensante, « quelque part entre les marabouts et les rebouteux ». Avec humour, il ajoute : « Les plantes, les teintures-mère, il ne manque plus que le grimoire et Harry Potter ! Pour certains, c'est une médecine dépassée, pour d'autres c'est au contraire une médecine visionnaire, qui répond aux attentes des patients actuels qui veulent plus de naturel et se méfient beaucoup de l'industrie pharmaceutique. En fait, personne, et moi le premier, ne comprend vraiment comment ça marche, mais il faut reconnaître que ça fonctionne. J'ai même des patients qui ne supportaient pas leur chimio et que l'homéopathie a aidés à mieux vivre leur traitement ».

300 euros par an par patient, le coût probable pour les familles

Selon la Ministre de la Santé, les utilisateurs de l’homéopathie étant des militants, des convaincus, remboursés ou pas, ils continueront à en acheter. « C’est vrai pour ceux qui en ont les moyens, mais pas pour les autres. Quand la Ministre dit que l’homéopathie c’est 18 euros par patient par an, c’est le coût pour l’assurance maladie, qui prend en charge 30% du coût, précise François Bégot. Mais pour les patients, ce ne sera pas 18 euros par an, mais 300 euros par an par patient. C’est beaucoup trop cher pour toutes les familles modestes qui se rabattront sur les médicaments classiques. »

Les homéopathes appellent à signer leur pétition

Reste à savoir si le gouvernement entendra les contestations des laboratoires d’homéopathie et des médecins homéopathes. Le Syndicat National des Médecins Homéopathes de France (SNMHF) estime que la HAS « a évalué l’homéopathie au mépris des règles de prescription propres à cette thérapeutique, dans une procédure entachée d’irrégularités et de fuites distillées au rythme des prises de parole politiques ». Et en rajoute une louche : « Il semble évident que la menace de sortir l’homéopathie du champ strictement médical qui est le sien en France depuis 90 ans, comporte le risque de voir se développer des pratiques non médicales potentiellement dangereuses pour les patients ». Et, tant qu'à faire, s’interroge : « A qui profitera cette décision aberrante ? ».

Le SNMHP ne baisse pas les bras et « recommande aux 74 % de Français attachés à la thérapeutique homéopathique » de continuer à se manifester en signant la pétition #MonHomeoMonChoix.fr, qui a déjà recueilli plus de 1,2 million de signatures à ce jour. La pétition, un moyen de pression très actuel pour une spécialité que certains estiment manifestement dater d'un autre temps.

A savoir

EPI3 est la plus importante étude de pharmaco- épidémiologie réalisée en médecine générale en France. Elle a été conduite de 2006 à 2010 pour répondre à la demande des autorités de santé.

S’il a été réalisé à l’initiative des Laboratoires Boiron, ce programme a été coordonné par la société LA-SER dirigée par le Pr Lucien Abenhaïm, ancien directeur général de la Santé, et supervisé par un comité scientifique, présidé par le Pr Bernard Bégaud, pharmacologue (université Bordeaux-II et U657 Inserm), et comprenant des personnalités comme le Dr Bernard Avouac (Paris) ou le Pr Jacques Massol (Besançon), tous les deux anciens membres de la Commission de la transparence et éloignés du monde de l’homéopathie.

Cette étude respecte le code de conduite qui a été préconisé par l’Agence européenne, le code ENCePP (European Network of Centres for Pharmacoepidemiology and Pharmacovigilance). Mais le fait que Boiron l'ait financé semble disqualifier l'étude, bien que d'éminents scientifiques ayant participé à l'étude aient affirmé que le laboratoire n'était jamais intervenu.

Mireille Legait / www.formeetbienetre.re / Le quotidien santé de La Réunion