« Assainissantes » ou « anti-virus » ou encore « épuratrices d’air », les allégations avancées par les fabricants de spray d’huiles essentielles ont conquis de nombreux foyers réunionnais. Et puis, il faut bien l’avouer, ça sent bien bon et ça donne un petit côté glamour à nos intérieurs, ces senteurs d’HE fleuries. Et en période d'infection virale, telle celle que nous impose ce fichu SRAS-CoV-2, responsable de la maladie Covid-19, on est bien tenté de mettre toutes les chances de notre côté en effectuant des petits pchitts réguliers de "spray anti-virus, anti-micribes, anti-champignons", selon les allégations des fabricants. Alors, ça fonctionne ou pas ? 

Ce qu'en dit l'Anses

Péremptoire, l'Anses déclare : « Non, les huiles essentielles ne constituent pas un moyen de lutte contre le coronavirus ». Mais l'Agence de sécurité sanitaire se déclare très attentive à l'usage qui en fait.  « Dans le cadre de la crise sanitaire liée au COVID-19, l’Anses et le réseau des Centres antipoison suivent avec attention les appels pour un motif associé au COVID-19. Ce recensement vise à identifier les situations à risque afin d’émettre des recommandations. Plusieurs origines de situations à risque ont été identifiées par les Centres antipoison dont l’utilisation des huiles essentielles », précise l'agence.

Diverses circonstances particulières à risque ont été identifiées : auto-médication par utilisation d’huiles essentielles par voie orale pour « renforcer les défenses naturelles » et « lutter contre le coronavirus », pulvérisation d’huiles essentielles pour « assainir un espace clos » par une personne à risque (personne asthmatique) ou encore utilisation inappropriée pour désinfecter un masque chirurgical, par exemple.

« Les huiles essentielles ne constituent pas un moyen de lutte contre le coronavirus. Il est important de respecter les conditions d’utilisations de ces huiles (voie d’administration, dose, zone d’application…) », souligne l'Agence de sécurité sanitaire.

Une alerte récurrente 

Covid-19 ou pas, ce n’est pas la première fois que l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire alerte sur ces produits. Dans la continuité de ses travaux de 2017 sur les techniques d’épuration de l’air intérieur, l’Anses vient de publier une étude de toxicovigilance sur l’exposition à ces produits à base d’huiles essentielles, ainsi qu’une revue de la bibliographie scientifique sur les effets sanitaires des substances émises.

Des cas d'intoxication

L’analyse des cas d’intoxication signalés aux Centres antipoison et de Toxicovigilance (CapTv) révèle des effets indésirables en conditions normales d’utilisation, notamment des symptômes irritatifs des yeux, des voies aériennes supérieures (bouche, nez, gorge, larynx et trachée) ainsi que des symptômes de toux et de difficultés respiratoires.
Ces irritations peuvent être liées à des huiles essentielles riches en phénols ou en cétones, irritantes pour les voies respiratoires et inadaptées à l’inhalation ou à leurs diffusions par le biais d’un spray ou d’un diffuseur. Ces symptômes sont en grande majorité de faible gravité et régressent rapidement après arrêt de l’exposition.

Des COV irritants ou sensibilisants Par ailleurs, ces produits émettent des composés organiques volatils (COV) qui peuvent constituer une source de pollution de l’air intérieur, avec effets irritants ou sensibilisants. Attention notamment en présence d’un nourrisson : la plupart des HE sont déconseillées dans l’entourage des jeunes enfants avant l’âge de 3 ans. Les personnes atteintes de maladies respiratoires chroniques, telles que l’asthme, doivent s’abstenir d’utiliser ces sprays et diffuseurs, en raison des substances irritantes potentiellement émises par ces produits. Ainsi que les femmes enceintes. 

De plus, certains des COV émis sont susceptibles de s’oxyder, notamment avec l’ozone présent naturellement dans l’air. Ainsi, ces sprays et diffuseurs peuvent constituer une source de pollution de l’air intérieur supplémentaire, car les COV qu’ils génèrent viennent s’ajouter aux COV déjà présents dans l’air intérieur, provenant d’autres sources (mobilier, matériaux de construction, produits d’entretien, produits cosmétiques...).

Les recommandations de l'ANSES

🚸 Hors de portée des enfants Outre les cas de symptômes irritatifs et d’effets respiratoires en condition normale d’utilisation, l’étude de toxicovigilance a montré que de nombreux cas d’intoxication étaient liés à des circonstances d’exposition accidentelles qui concernaient le plus souvent de jeunes enfants, ceux-ci étant plus susceptibles de porter des produits à la bouche ou de manipuler des produits qui ne leur sont pas destinés. L’Anses recommande que les sprays ou diffuseurs ainsi que les flacons à base d’huiles essentielles restent hors de portée des jeunes enfants, au même titre que les produits détergents ou les médicaments.

🔎 Mieux informer les consommateurs

 L’Anses appelle l’attention des pouvoirs publics sur la nécessité de mieux informer sur les précautions d’utilisation de sprays ou diffuseurs à base d’huiles essentielles, en particulier les personnes atteintes de maladies respiratoires chroniques telles que l’asthme, en raison des substances irritantes potentiellement émises par ces produits.

☎ Signaler les cas de symptômes de troubles respiratoires

Afin de mieux recenser les potentiels effets respiratoires liés à ces produits, l’Agence recommande d’améliorer le recueil et le suivi des cas des personnes ayant présenté des symptômes respiratoires suite à l’utilisation de sprays ou diffuseurs. Pour cela, il est important que les médecins signalent ces cas aux Centre Anti-Poisons (CAP) ou via le portail de signalement des évènements sanitaires indésirables.

🏠Limiter les sources de polluants intérieurs et bien aérer les espaces clos

De façon générale, pour prévenir les risques liés à une mauvaise qualité de l’air intérieur, il convient en premier lieu de limiter les sources de polluants intérieurs, et en second lieu de ventiler et aérer les espaces clos. Cette recommandation s’applique également à l’utilisation de sprays ou diffuseurs à base d’huiles essentielles.

A savoir

Des études pour y voir plus clair sur les effets sur la santé

Il existe peu de données dans la littérature scientifique concernant les effets sur la santé des sprays et diffuseurs à base d’huiles essentielles. Les publications analysées fournissent quelques résultats qui restent insuffisants pour tirer des conclusions sans équivoque. Cette incertitude appelle à la vigilance, quant à des effets respiratoires ou cutanés en particulier.
L’ANSES insiste donc sur la nécessité d’engager de nouvelles études indépendantes sur les huiles essentielles utilisées seules et en mélange afin de mieux caractériser les potentiels effets néfastes sur la santé, à court et à long terme.

Mireille Legait / www.formeetbienetre.re / Le quotidien santé de La Réunion